rollandPrésentation de l'éditeur
La littérature destinée aux adolescents effraie les adultes au point de déclencher de violents appétits de censure. Que contiennent les fictions de la littérature ado qui soit à ce point ressenti comme dangereux ? A quels dangers sont exposés les lecteurs adolescents ? Le danger est-il réel ou fantasmé par des adultes trop inquiets et oublieux de leur propre adolescence ? Annie Rolland propose une réflexion articulée à une lecture psychologique de la littérature ado. Elle défend l'idée que la volonté de censurer est moins une affaire de protection des adolescents qu'une manière de contrôler les conflits engendrés par le caractère rebelle en soi de l'adolescence. L'étude repose sur des analyses d'œuvres littéraires, sur des rencontres avec des adolescents au sujet de cette littérature d'autant plus singulière qu'elle leur est destinée, sur un "dialogue-réflexion" avec des écrivains. Un ouvrage indispensable pour mieux comprendre les enjeux de cette littérature. Un outil à l'attention des médiateurs du livre.

Livre très intéressant, même si au cas par cas, je m'interrogerai toujours avant de "permettre" telle ou telle lecture à mes enfants (exemple perso : la pendaison dans Dix petits Nègres d'Agatha Christie m'avait beaucoup troublée à 12 ans)... J'ai apprécié les témoignages d'adolescents sur leurs lectures, les points de vue d'auteurs. J'y ai aussi puisé quelques idées de roman ; c'est dommage que l'auteur en dévoile la fin, mais c'est nécessaire à son analyse.

Quelques citations qui me semblent bien refléter l'esprit du livre et répondre aux préoccupations parentales :

"Lire une histoire, s'identifier au héros même quand il est en souffrance ne signifie pas que l'adolescent va reproduire les mêmes actes. (...) L'angle de lecture de l'adolescent et de l'adulte n'est certes pas le même !" (p. 82).

"La littérature de jeunesse est adolescente, c'est peut-être à la mesure de cette métaphore que nous pouvons comprendre en quoi elle génère des conflits avec les adultes. Cette littérature est conflictuelle sans le vouloir car elle véhicule les affects refoulés de l'enfance : douleur de la séparation et de la perte, peur de la mort, angoisse d'abandon. Ces histoires réactualisent chez le lecteur adulte la cruelle obligation qui s'est imposée à nous de quitter l'enfance pour grandir et devenir adulte, et les déchirements impensables qu'elle a occasionnés." (p. 225).

"Même si parfois nous parlons du bonheur que nous avons eu à lire un livre, la littérature n'a pas pour vocation de nous rendre heureux." (p. 229).

"Car la littérature, depuis notre plus jeune âge (lorsque nous entendions les histoires à défaut de les lire), possède cette incroyable faculté de développer notre capacité d'émerveillement. Y compris, voire surtout, quand ce sont des histoires d'ogres et de sorcières." (p. 230).

Qui a peur de la littérature ado ? Annie Rolland, Editions Thierry Magnier, octobre 2008, 237 p.