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Présentation de l'éditeur : Henri de Lespagne, 47 ans, est issu d'une famille des beaux quartiers, ravagée par l'orgueil et l'argent. Une famille qui s'est coupée du reste du monde et a pourri. Après s'en être détaché, il y a longtemps, il est devenu veilleur de nuit dans une tour où Sok Kateka, femme étrange, fait le ménage. En khmer, Kateka signifie " Promesse "...

C'est le billet de Clarabel qui m'a donné envie de lire ce roman, en particulier l'extrait qu'elle a choisi, où Henri de Lespagne évoque la famille.

Dès la première page, le narrateur nous annonce une histoire qui a bouleversé sa vie, celle de Sok Kateka, femme de ménage radieuse (au sens propre du terme) qui travaille dans la tour où il est lui-même veilleur de nuit. Ce récit poignant ne nous sera livré qu'à la toute fin du roman, dans le dernier chapitre.

A 47 ans, Henri de Lespagne, né dans une famille puissante et fortunée, résume ainsi sa vie : "... j'avais été très heureux, au temps de la petite enfance, puis moins heureux, puis plus du tout. J'avais été riche, moins riche, pauvre, et moins pauvre." (p. 9). De sa jeunesse dorée d'enfant de riches, il se souvient : "[à l'école] la seule religion, la seule chose qui valait, c'était la fortune" (p. 63-64). A propos de son milieu, il déclare : "... quand on est né dans l'argent, et surtout dans les privilèges qu'il confère, on finit par croire qu'on est naturellement supérieur. (...) Oui, il faut faire très attention avec l'argent et le pouvoir. Quand on les possède, on arrive très vite à croire qu'ils nous sont dûs, et c'est là qu'on devient puant. A dix ans, je croyais dur comme fer que j'étais de caste supérieure. Que les pauvres étaient des crétins ou des paresseux." (p. 54-55).

Henri a deux frères et une soeur aînés. Son père est atteint d'une maladie mentale - donc honteuse dans ce milieu - et la mère est effroyablement dure, sans pitié. Sa méchanceté, sa cupidité, son orgueil sont tels qu'on ose à peine croire à la réalité d'un tel personnage. La soeur Charlotte est en revanche "un ange" pour son père, l'exacte opposée de sa mère, d'ailleurs Henri la vénère.

Le narrateur nous fait assister au délitement de cette famille, à travers la révolte du frère aîné d'abord, celle de la soeur adorée ensuite...

L'écriture parfaite de l'auteur rend d'emblée le récit captivant, mais l'atmosphère est sombre, pesante. Je me suis même demandé pourquoi je continuais cette lecture déprimante... jusqu'au dernier chapitre, qui vaut vraiment la peine de persévérer.

Une jolie réflexion à la fin : "[Il y a] des personnes se prétendant des penseurs, qui disent : Un monstre est en chacun de nous, on peut devenir criminel au gré des circonstances. Mais je trouve que c'est affreux de prétendre cela, affreux pour la mémoire de ceux qui ont été massacrés, parce qu'en fait on dit d'eux, alors, qu'ils auraient pu faire ce qu'ont fait les pires bourreaux (...)" (p. 153-154).

Ma note : 15/20

Mr a lu et commenté : "J'ai d'abord apprécié la façon de présenter les personnages de la famille de Lespagne. Leurs portraits sont en effet dressés par petites touches successives, au fil du temps qui passe, ce qui rend le récit assez vif. Dommage que leurs personnalités soient parfois un peu outrées (la "méchante" mère cumule tant de défauts). Cette première partie du livre, la plus "volumineuse", n'apparaît être finalement qu'une amusante - et agréable - introduction au sujet annoncé par le titre et par le synopsis (le conflit cambodgien), puis brillamment traité en quelques pages. La concision de cette seconde partie renforce l'impression qu'elle laisse sur le lecteur et constitue une excellente invitation à appronfondir sa connaissance du sujet, s'il en a  envie... Ma note : 14/20 (ce qui est une bonne note pour moi, mon échelle de notation étant plus restreinte que celle de Canel , d'autant plus qu'en-deçà de la moyenne je n'insiste pas)."

Les Monts de l'Eléphant, Jean-François Chabas, L'Ecole des Loisirs, Collection Medium, février 2009, 161 p.