jeanne

Une dizaine de jours sur les routes en compagnie de Jeanne et son papa - un papa fatigué qui a besoin de s'échapper du quotidien, d'accompagner sa fille dans un "voyage initiatique"...

Jeanne a trois ans, elle est née avec une anomalie au palais. De visites chez des médecins en examens médicaux, la croissance de la petite fille est parsemée de doutes, d'angoisses, d'espoir, de déceptions pour ses parents : elle ne parle pas, tarde à marcher. "J'éprouvais une indicible lassitude en me rendant à l'hôpital des enfants (...)" (p. 149). L'ambivalence des parents est prégnante : "(...) savoir à tout prix, au nom d'une science qui se croit exacte, savoir pour savoir, ou bien refuser l'ombre du diagnostic, une ombre qui nous donnait l'impression qu'elle allait traquer toute parcelle de lumière et d'espoir." (p. 152). Le père est donc las, d'où ce voyage pour fuir, mais aussi pour "rencontrer" sa fille, seul, et lui faire découvrir des éléments importants de son enfance, de sa vie : "C'est un chemin spirituel quelque peu sinueux dont je ne sais toujours pas où il va nous mener." (p. 172). Bien que la maman ne soit pas du voyage, elle est très présente dans le récit, notamment lorsque le narrateur et Jeanne lui téléphonent, à la grande joie de la fillette.

J'ai beaucoup aimé la première partie de ce témoignage : les mots tendres de l'auteur pour sa fille ("petit lézard", "coccinelle", "ma petite fantômette"), sa façon de décrire le sourire éblouissant de Jeanne qui charme les inconnus et chasse vite la gêne initiale dans leurs regards, le papa attentionné qui comble son enfant de jolis vêtements - bref leur relation... La seconde moitié du livre m'a semblé plus longue : les souvenirs du narrateur, l'hommage à son oncle... Il y a beaucoup de retours sur le passé, je ne m'y retrouvais pas toujours.

Jean-Baptiste Dethieux est psychiatre-psychanalyste et cela se sent dans sa façon de trouver les mots justes, bien pesés, pleins de sens. C'est intéressant aussi de voir le regard que porte un parent médecin sur le milieu médical où les maladresses et le manque de subtilité terrassent parfois le patient et sa famille.

Un témoignage émouvant, douloureux et très personnel, une belle histoire d'amour d'un papa pour sa fillette, "Jeanne : l'enfant éternel qui n'en finit pas de le rester." (p. 194).

Quelques uns des passages que j'ai soulignés :

"Longtemps, percevant son retard grandissant, j'ai imaginé dans mes rêves les plus fous me retirer de ce monde qui devenait juge et témoin au travers des regards et des questions." (p. 90)

"Au fond, je n'aspirais qu'à une seule chose : me fondre dans la masse indifférenciée des parents qui s'amusent tranquillement des progrès de leurs enfants en les regardant grandir comme des herbes folles." (p. 117)

"(...) il eut mieux valu regarder Jeanne, car c'est bien dans le regard de ses parents qu'un enfant naît véritablement. Au lieu de quoi, nous étions toujours en position de guetteurs. Surveiller l'arrivée de dangers lorsque, le plus souvent, c'est par la seule direction inquiète de nos regards qu'ils arrivaient et nous sautaient dessus." (p. 120-121).

Le voyage de Jeanne, Jean-Baptiste Dethieux, Editions Anne Carrière, août 2009, 215 p.challenge_du_1_litteraire_20091

Septième livre lu dans le cadre du challenge 1% rentrée littéraire 2009. Objectif atteint... mais soyons fous : visons les  2% (tout dépend de la date butoir !)...