arthur_millerLe contexte de lecture d'un livre est très important pour apprécier l'ouvrage à sa juste valeur. Ici, les conditions étaient plutôt défavorables : petit matin blême dans un TGV peuplé de voyageurs endormis, train bientôt stoppé pour cause de suicide sur la voie... La pièce étant elle-même sombre, c'était mal parti.

Le propos : fin des années 1940 aux Etats-Unis. Willy est voyageur de commerce, il a la soixantaine et est épuisé par les trajets, il n'est plus performant dans son travail. L'un de ses fils de 34 ans, Biff, est revenu vivre à la maison après quelques années passées dans l'ouest, il est sans emploi... La pièce est centrée sur l'épuisement du père et son ressentiment envers ce fils qui ne lui fait pas honneur, et qui surtout n'a pas réussi où lui-même avait échoué dans l' "American Dream". On découvre petit à petit pourquoi Biff a lâché prise quinze ans plus tôt.

J'ai été un peu déroutée par les retours dans le passé et les incursions de tiers qui révèlent en fait les souvenirs, fantasmes, pensées de Willy. Cette lecture exige un minimum de concentration qui me faisait défaut. J'aimerais beaucoup voir une adaptation au théâtre, cela doit être moins ardu à suivre.

Malgré mes réserves, j'ai trouvé ce témoignage très intéressant : Miller s'est inspiré des représentants qui travaillaient pour son père. Le travail et le vieillissement, le monde parfois impitoyable de l'entreprise, la pression que les parents peuvent mettre sur leur progéniture pour accomplir ce qu'ils ont eux-mêmes raté, les difficultés de communication père-fils... autant de thèmes passionnants qui rendent la pièce très riche.

Un extrait qui résume bien l'état d'esprit de Willy : "Un commis voyageur, c'est un type qui ne se fixe pas dans la vie. C'est pas un type qui serre des écrous, ou qui rend la justice, ou qui prépare des cachets d'aspirine... C'est un type tout seul... un type libre... qui fait sa vie avec des sourires et des chaussures bien cirées... Oui. Et le jour où on ne lui rend plus son sourire, c'est la fin du monde. Ce jour-là, il n'a plus qu'à perdre la boule... ce jour-là, il est fichu.  (...) Un commis voyageur, ça doit rêver, mon garçon... ça fait partie du voyage..." (p. 236-237).

Ma note : 14/20

Mort d'un commis voyageur, Arthur Miller, Robert Laffont, Pavillons Poche, novembre 2009, 238 p. Première parution originale : Death of a salesman, 1949.

Je glisse cette lecture dans le challenge "100 ans de littérature américaine - Yes we can." de Bouh. challenge_100_ans_am_rique

Je n'avais pas prévu de lire cette pièce, mais Bouh a su m'appâter ! Merci !

J'ai désormais envie de découvrir Les sorcières de Salem d'Arthur Miller, et de relire les pièces de Tennessee Williams que j'avais tant aimées.