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Fin 1932, entre San Francisco et Munich. Associés dans une galerie d'art américaine, deux amis très proches et récemment séparés s'écrivent. Max est célibataire, Juif, il est resté aux Etats-Unis et vend des tableaux, Martin est rentré en Allemagne avec sa famille. Ce dernier exprime à son ami son inquiétude sur l'arrivée probable au pouvoir d'un dénommé Hitler. Ces doutes se transforment au fil des lettres en espoir, en constat d'une Allemagne renaissante ("Car je te le dis, mon ami, c'est à l'émergence d'une force vive que nous assistons dans ce pays." (p.30)), puis en certitude qu'il faut en passer par la destruction du bouc émissaire, en l'occurrence le peuple juif ("Le Juif est le bouc émissaire universel." (p. 40) "Nous purgeons notre sang de ses éléments impurs." (p. 41)). Max n'ose croire que son ami a changé à ce point, il le suppose simplement effrayé par la censure, mais il n'en est rien. Les réponses de Martin se font de plus en plus froides, impitoyables, cruelles, glaçantes... Après avoir appris par cette correspondance une terrible nouvelle, Max trouve un moyen habile de se venger à distance.

Un excellent roman épistolaire percutant sur la montée du nazisme, la métamorphose d'un bon citoyen sensé, la vengeance.

Je redécouvre ce livre samedi prochain, lu par deux comédiens de la Troupe du Théâtre du Reflet.

Grand merci à Biblio pour le conseil ! son billet .

Ma note : 16/20

Inconnu à cette adresse, Kathrine Kressmann Taylor, Le Livre de Poche, mai 2004, 89 p.

Le mot de Télérama : Le livre fut publié en 1938 dans le journal américain Story Magazine. 1938, c'est-à-dire en pleine ascension guerrière d'Adolf Hitler. C'est aussi l'unique texte de Katherine Kressmann Taylor, une Américaine qui se déclarait humblement « femme au foyer ». Son style clair et tranchant où se noie une sourde tendresse donne à cet Inconnu prémonitoire une force démoniaque. Ce roman incisif n'a pas changé le cours de l'Histoire... Mais on n'a qu'un seul désir, le faire lire. A tous. Vite. -- Martine Laval