une_fois_deuxUn mois d'août caniculaire à Berlin. Thomas et Senta, quadragénaires célibataires, se croisent pour la première fois un soir dans un café. Coup de foudre immédiat et réciproque : tout de suite une histoire de regards, de peaux, de désir : "elle aurait été bien incapable de désigner une partie de son corps qui, relativement au fait d'entrer en contact avec une quelconque partie de son corps à lui, ne réagirait de façon spectaculaire." (p. 37). Dès ce premier soir, Senta voit en Thomas l'homme de sa vie, le père de ses futurs enfants, bien qu'elle ne le trouve pas beau et que ça la dérange : "elle dut alors considérer la question de savoir si elle souhaitait vraiment épouser quelqu'un (...) dont l'aspect anatomique laissait entendre que le bon Dieu avait une sacrée gueule de bois le jour où il l'avait conçu (...)" (p. 53). Elle se pose des questions sur son physique, ses vêtements, son métier d'ingénieur système - le tout lui semblant indigne d'elle. Thomas, lui, est confiant, serein, plus détaché, bien que très enthousiasmé par leur harmonie charnelle... jusqu'à ce qu'il prenne conscience du manque de simplicité de cette femme bien particulière, difficile à suivre et ô combien pénible !

Beaucoup d'auto-dérision dans le personnage de Senta, et d'humour en général dans le livre. La sensualité est présente, mais on est prévenu une fois pour toutes et de façon amusante que les scènes torrides seront éludées : "Pour les raisons déjà mentionnées, nous ne croyons pas indispensable d'évoquer ce qui s'ensuivit. Afin de prévenir toute objection, nous profitons de l'occasion pour informer notre lecteur bienveillant que, dans des situations similaires, nous procéderons désormais toujours de même." (p. 55).

Comme Antigone, j'ai été ennuyée par certaines des digressions qui rendent le récit décousu par moments. Malgré cette réserve, ce roman est un régal, les personnages sont très drôles et attachants. Senta est nombriliste, égocentrique, hystérique, excessive, odieuse, pleurnicharde (bon, elle est amoureuse...), on la trouve néanmoins sympathique - pour peu qu'on y reconnaisse un soupçon de sa propre mauvaise foi... Les maladresses de Thomas, ses doutes et agacements face à l'attitude de Senta et aux malentendus dans cette liaison balbutiante, sont attendrissants. Il est loin de l'obsédé idiot, inculte et sans états d'âme que Senta se complaît à imaginer quand elle dissèque leur relation.

En conclusion : un roman vraiment réjouissant sur les relations hommes-femmes, des scènes désopilantes, deux personnages attachants. L'humour et les questionnements des deux protagonistes rappellent un peu l'excellent Le mec de la tombe d'à côté de Katarina Mazetti.

Merci Antigone pour l'idée !

Ma note : challenge_du_1_litteraire_2009115/20

Une fois deux, Iris Hanika, Les Allusifs, août 2009, 276 p.

11e livre lu dans le cadre du challenge 2% littéraire 2009