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J'ai lu ce livre pour la première fois en juin 2008. Il m'a récemment été envoyé pour le prix des lecteurs Livre de Poche 2010, je l'ai redécouvert avec une émotion encore plus vive qu'à la première lecture.

Fin des années 1940, la petite Marion vit seule avec sa mère Fanny qui est atteinte de psychose maniaco-dépressive. L'enfant n'entendra ce diagnostic clairement formulé que vers 10 ans, mais en attendant elle subit les troubles de l'humeur de cette maman pas comme les autres, qu'elle admire, adore, et qui la terrorise quand elle devient "l'Autre"... Fanny ne voit plus ses parents, ceux-ci l'ayant rejetée en raison de sa liaison coupable avec un Allemand dont est née Marion. La fillette va néanmoins régulièrement chez ses grands-parents le dimanche et quand sa mère est hospitalisée. Elisa - la grand-tante douce, discrète, attentionnée - sert de médiateur. Marion guette avec appréhension les signes avant-coureurs des rechutes de sa mère : les insomnies, les accès mystiques, la chanson "Le temps des cerises" entonnée avec une voix d'homme. Les crises de Fanny deviennent de plus en plus fréquentes, de plus en plus graves. Marion grandit et son regard envers sa mère se fait plus sévère, moins indulgent, elle a de moins en moins envie de la retrouver après les hospitalisations. La méfiance s'installe entre la mère et la fille. Leurs relations deviennent féroces, atroces, éprouvantes pour la jeune fille qui n'aspire qu'à une vie paisible et ordonnée...

Le roman, écrit à la deuxième personne du singulier, est immédiatement prenant. Souvent en huis-clos entre la mère et la fille, on est happé dans ce récit où les personnages sont décrits avec une acuité particulière, on n'en perd pas une ligne. Il est d'emblée question de l'ambivalence des sentiments de Marion à l'égard de sa mère, les mots "amour" et "effroi" sont des leitmotivs. C'est poignant, terrible, extrêmement émouvant... La mère malade agace et émeut, ce que doit subir la jeune Marion révolte, sa force est bouleversante : "Tu ne peux plus rien pour Fanny. Tu dois te sauver, ne plus t'occuper d'elle. La tentation de la pitié, tu le sens confusément, c'est la tentation d'autre chose. Tu ne veux pas devenir le double de Fanny, le double de l'image adorée et haïe." (p. 238).

De cette auteur, j'ai aimé Le Père de la Petite, mais pas Jeux croisés... Finalement, je n'attendrai pas la sortie en poche de Eclats d'enfance.

Ma note : 17/20

La Femme de l'Allemand, Marie Sizun, LGF, Le livre de Poche, août 2009, 281 p.

Un autre roman très fort sur une mère maniaco-dépressive : La Donation de Florence Noiville.