whisky_parabolesfait_mainATTENTION PEPITE !

D'abord Manu, un Amérindien pianiste qui n'est à sa place nulle part : ni dans sa "réserve", ni dans le monde occidental. Et puis Richard, le "gros, grand, gras, pas propre et mal rasé" voisin musicien qui conserve soigneusement les lettres d'amour de ses admiratrices sans les ouvrir : "Quand on ouvre une lettre d'amour, quand on la lit, on est interpellé pis c'est difficile, après, de pas se sentir concerné, de faire comme si ça existait pas, de porter le poids de cet amour-là sans y répondre. Lire une lettre d'amour, c'est s'engager à quelque chose." (p. 46-47). Ensuite André et Chloé, somptueux couple de musiciens qui traîne dans son sillage de jolies sylphides sous le charme. Et enfin Agnès, alias Amorosa, petite fille de huit ans maltraitée par une mère célibataire trop jeune et alcoolique... Tous ces personnages meurtris gravitent autour d'Elie, une jeune femme qui a décidé de "changer de chapitre" suite à un chagrin d'amour, et est venue se perdre/se retrouver dans ce coin isolé ("Durant une seconde et peut-être même deux, j'ai rêvé d'être une femme comme les autres, comme ces autres pour qui la vie semble si facile." p.66)...

Une magnifique histoire d'amitiés profondes, sincères, entre tous ces adultes, et d'amour entre la petite Amorosa et Elie qui va devoir s'improviser "grande soeur", elle qui a déjà bien du mal avec sa propre existence. Une écriture à la fois directe et chargée de douceur, sans complaisance, sans mièvrerie mais pleine de bouffées de tendresse. L'auteur a une plume époustouflante : un style vif, puissamment évocateur. On rayonne en lisant les sourires ("Chloé lui a ouvert un sourire dans lequel il est entré" p.69), on reçoit les regards (des yeux de terre, des yeux d'eau)... On ressent les petits bonheurs (se faire jolies pour la rentrée scolaire, une bataille de boules de neige qui laisse "mal aux joues" tellement on a ri), les déconvenues cruelles (l'irruption de la mère ivre au milieu du premier Noël d'enfant d'Amorosa), on s'imprègne des réflexions échangées entre amis, pleines de sagesse et parfois jubilatoires, du réconfort de ces proches quand tout part en vrille, quand l'un doute...

Bref, c'est magnifique et c'est à lire d'urgence !

Extrait : "J'ai toujours cru que, quand une femme accouchait, le facteur livrait un mode d'emploi secret destiné uniquement aux nouveaux parents qui entraient ainsi dans une sorte de secte de connaisseurs, de bâtisseurs, de spécialistes. Les mauvais parents m'apparaissaient comme autant d'analphabètes de la vie. Je n'ai pas eu d'enfant de huit ans, Amorosa, et je n'ai jamais reçu de mode d'emploi, ni quand tu es venue ici pour la première fois ni quand tu es revenue pour vrai avec ton sac et tes yeux grands comme la terre. Au début, je voulais juste t'apporter du réconfort, de l'aide, de l'amitié. Je voulais juste être là. Et puis, de fil en sourire, tu m'as eue. Tu m'as gagnée et mon chalet sans toi, ce n'est pas un chalet, c'est l'hiver." (p. 110-111)

Ce livre est un cadeau de Noël sapin d'aBeiLLe abeilles_03, qui, une fois de plus, a su me toucher grâce à un superbe ouvrage à la fois grave et plein d'humour, sensible et émouvant. ABeiLLe compte le relire dans les mois à venir et en faire un billet. J'ai hâte de le découvrir car je n'ai pas toujours su distinguer dans le style de Roxanne Bouchard ce qui était propre à la langue canadienne, de ce qui était caractéristique de l'écriture de l'auteur. Le regard d'aBeiLLe, une compatriote, sera donc différent et enrichissant...

L'avis de Celsmoon ici.

Merci aBeiLLe !  abeilles_02