mengestuA dix-neuf ans, Sépha Stéphana a fui l'Ethiopie en pleine guerre civile en 1987. Il vit désormais aux Etats-Unis depuis dix-sept ans. Après de courtes études financées par son oncle également émigré, il tient finalement une épicerie dans la banlieue de Washington, dans le quartier de Logan Circle. Il retrouve régulièrement deux amis africains : Joseph, serveur dans un restaurant, et Kenneth, ingénieur. Ensemble ils boivent de la bière, jouent aux cartes et aux échecs, et testent cyniquement leurs connaissances sur les dictatures africaines... Une jeune femme blanche, Judith, et sa fille de onze ans Naomi, métisse, viennent s'installer près de chez Sépha. Naomi lui rend souvent visite dans son épicerie, elle est capricieuse, drôle, intelligente. Ensemble, ils lisent à haute voix Les frères Karamazov. Sépha tombe rapidement amoureux de la mère et guette le moindre signe en retour...

La lecture de ce roman a été pour moi extrêmement fastidieuse. J'ai eu l'impression d'assister à un accouchement très difficile... peut-être est-ce dû à une pudeur/douleur de l'auteur qui n'évoque vraiment son pays et les atrocités dont il a été témoin qu'en fin d'ouvrage ? Il y a des passages et des réflexions très intéressants, très émouvants : les lettres de son oncle aux présidents américains, la perception de l'Amérique comme terre d'accueil, différente pour Kenneth qui n'avait rien en Afrique et pour Sépha dont le père était avocat. La fin tragique du père de Sépha est également bouleversante... Mais hélas, j'ai surtout rencontré beaucoup trop de longueurs : le quotidien de l'épicier dont le magasin périclite, les descriptions de la ville, les considérations sur l'oncle, les impressions sur le bus, etc. Je ne suis pas du tout en harmonie avec ce style d'écriture : lente, faite d'allers-retours...

Livre lu dans le cadre du Prix des Lecteurs Livre de Poche 2010. Fini in extremis !

Les belles choses que porte le ciel, Dinaw Mengestu, LGF, Le Livre de Poche, octobre 2009, 281 p.

Ce que j'ai envie d'en retenir :

Le cynisme de Sépha et ses amis sur les dictateurs africains : "Nous avons chacun nos préférés. Bokassa. Amin. Mobutu. Nous aimons ceux qui sont connus pour leurs déclarations absurdes et leurs prestations comiques, les dictateurs qui épousent quarante femmes et ont deux fois plus d'enfants, qui s'installent sur des trônes dorés en forme d'aigles, qui déclarent être des demi-dieux et autour desquels flottent des rumeurs d'inceste, de cannibalisme, de sorcellerie et de magie." (p. 16)

Le jeu des échecs : "Ils éprouvaient une dévotion religieuse pour [les échecs], un respect pour ses quelques règles et ses variations presque infinies, nés, comme le disait Joseph, d'un sentiment partagé de gratitude pour posséder encore au moins un espace où leurs décisions pouvaient avoir quelque importance. "Personne, dit-il un jour, ne comprend les échecs comme les Africains." " (p. 83)

Le statut d'émigré, de réfugié : "Soit je suis parti pour me créer une nouvelle vie, libre des contraintes et des limites culturelles, soit j'ai tourné le dos à tout ce que j'étais et à tout ce qui m'avait constitué." (p. 150)

La perception de l'Amérique par l'oncle de Sépha : "Rien n'est à toi. Rien ne t'appartient. Ne prends rien pour acquis. Personne, ici, ne te donnera rien pour rien. Cela ne se passe pas comme ça, en Amérique. Les gens ne te donneront quelque chose que parce qu'ils pensent qu'ils auront quelque chose en retour." (p. 176)

L'espoir de rentrer en Ethiopie, longtemps caressé par Sépha, comme une entrave à son intégration : "Je ne voulais rien de l'Amérique. A cette époque-là, je croyais que c'était juste une question de semaines ou de mois avant que je retourne en Ethiopie. Je consacrais toute mon énergie et tout mon temps libre à préparer ce retour. Comment étais-je donc censé vivre en Amérique alors que je n'avais jamais vraiment quitté l'Ethiopie ?" (p. 176-177)

La vision de Kenneth, ingénieur aux Etats-Unis, dont le père était illettré en Afrique : "C'est tout ce qu'il a jamais été. Un pauvre homme illettré qui vivait dans un taudis. Et tu sais ce que ça fait de lui, en Afrique ? Rien du tout. Et c'est ça, l'Afrique, en ce moment. Un continent plein d'illettrés qui meurent dans des taudis. Alors, c'est quoi, ce qui devrait me manquer ?" (p. 231).

L'inconfort de Sépha : "Que disait toujours mon père, déjà ? Qu'un oiseau coincé entre deux branches se fait mordre les ailes. Père, j'aimerais ajouter mon propre adage à ta liste : un homme coincé entre deux mondes vit et meurt seul. Cela fait assez longtemps que je vis ainsi, en suspension." (p. 281).