cookfait_main

"Vous viviez une jolie petite vie dans une jolie petite ville." (p. 96)

Deux familles apparemment paisibles et heureuses dans une petite ville américaine : les Giordano et les Moore. Les premiers ont une petite fille de huit ans, Amy, les seconds un fils de quinze ans, Keith. Un drame survient : après une soirée où Keith est allé garder Amy tandis que ses parents sortaient, la fillette est portée disparue. Le jeune homme est bien sûr rapidement suspecté, l'enfer commence alors pour les deux couples.

Un roman que j'aurais aimé lire d'une traite tant il est aéré et plaisant, bien que le sujet soit douloureux. Le narrateur est Eric Moore, le père de Keith. J'ai admiré la justesse de ses sentiments : de l'agacement face à un ado inerte et mystérieux qu'il ne comprend pas, à la remise en question de son rôle de père en passant par les doutes sur l'innocence de son fils... et bien d'autres pensées que je ne dévoilerai pas. Eric est photographe, et ce thème apparaît de façon récurrente, comme pour nous montrer que le temps n'est pas figé autour de brefs instants en famille apparemment heureux où tout le monde sourit... La mère m'a semblé moins convaincante, trop dure et implacable. En revanche, la façon dont le drame fragilise le couple - alors qu'il aurait pu au contraire le souder - est intéressante. La douleur des parents de l'enfant disparue est rarement évoquée mais elle est latente et apparaît de façon poignante lors d'une confrontation entre les deux pères : "Un instant, sa tête plongea, puis il se tourna vers moi. Je mesurai alors l'ampleur de son chagrin, et je compris que son univers n'était plus que ténèbres. Tout ce qui avait compté pour lui n'avait plus aucune importance. J'entendis à nouveau ses paroles désespérées : "Je dois la retrouver." Sous son angoisse, on sentait la colère. Vince mettrait des villes à sac, assécherait des océans, brûlerait toutes les forêts sur terre pour tenir à nouveau Amy dans ses bras, morte ou vive. Pour lui, l'existence pesait trente kilos et ne mesurait pas plus d'un mètre vingt. Le reste n'était que poussière." (p. 126).

Je déplore juste l'ajout d'un secret de famille autour d'un drame survenu dans la famille d'Eric lorsqu'il était enfant. A mon sens, le récit autour du père tourmenté par la culpabilité probable de son fils suffisait.

En résumé, j'ai découvert un roman bien construit et très subtil sur le désarroi d'un père face à son enfant adolescent. Je n'ai pas envie de parler de "polar" car l'intérêt que j'y ai trouvé ne réside pas dans l'enquête mais dans la psychologie des personnages, en particulier du père et du fils. Je n'ai d'ailleurs pas particulièrement apprécié le dénouement de l'intrigue, trop rapide et un peu grossier, mais peu importe... Je suis ravie d'avoir découvert cet auteur dont l'oeuvre est déjà fournie, je compte en lire d'autres rapidement - merci pour vos suggestions !

Plaisir de lecture, pertinence et échos trouvés : 16/20

Les feuilles mortes, Thomas H. Cook, Gallimard, Série Noire, septembre 2008, 274 p.

Livre lu avec Valérie (en VO) et Sophie  lecteur lecteur lecteur, allez découvrir leurs avis ! Laure et Solenn en parlent aussi.