falaisesfait_main

Dépressive, la mère du narrateur s'est jetée d'une falaise lorsqu'il avait onze ans. Vingt ans plus tard, toujours meurtri, il retourne à Etretat avec sa compagne et leur petite fille de deux ans. Il se souvient  : la maman souvent distante ou au contraire étouffante : "(...) ses gestes d'amour, qu'elle avait encombrants, démesurés, et toujours à contretemps (à contretemps aussi, comme subitement revenant au monde, les gifles, les cris, les sermons, la fatigue que nous lui causions, mais qu'avait-elle fait au bon Dieu pour avoir des enfants pareils ?, les effondrements, et encore : les rires, les rares étreintes, puis les regards comme pris en faute d'avoir été tendres)." (p. 38)... Puis la grande détresse à l'adolescence avec son frère Antoine, aîné de deux ans, et leur bande de copains également en souffrance, entre alcool, drogue, sexe désespéré, suicide et anorexie. Des pères absents ou sombres brutes, ou tout simplement coupés du monde par leur propre désespoir... La blessure jamais refermée à l'âge adulte, et l'alcool - beaucoup d'alcool - pour tenter de colmater les brèches... Et enfin l'espoir, grâce à l'amour d'une femme, la naissance d'un enfant : "Nos vies sont les mêmes. Nos vies se débattent, crient dans la nuit, hurlent et tremblent de peur. Infiniment nous cherchons un abri. Un lieu où le vent siffle moins fort. Un endroit où aller. Et cet abri est un visage, et ce visage nous suffit." (p. 207).

L'univers d'Adam est toujours très sombre, Falaises est pour moi l'un de ses ouvrages les plus désespérés. Là encore, des personnages sur le fil du rasoir ou au fond du gouffre, beaucoup de détresse donc, d'alcool pour la noyer, de sexe à la fois cru et tendre pour se perdre/se retrouver... et les enfants comme espoir, renouveau, ancrage à la vie... Olivier Adam fait partie de mes "grands auteurs", ceux dont l'écriture est puissante, évocatrice ; les ambiances, les émotions, les odeurs, les bruits sont là pour nous immerger totalement dans le récit : "Dans la maison silencieuse, mon père absent sans doute, les marches de l'escalier craquaient sous mes pas. Au milieu de la cuisine éclairée au néon, ma mère semblait perdue et pleurait en silence. D'avant en arrière elle oscillait, et devant trois casseroles sur le feu rongeait ses ongles. C'était des jours d'enterrement et de volets clos, je me tenais dans l'embrasure et elle m'a fait signe d'approcher. Sur son visage défait coulaient de longs traits de maquillage. J'ai fait glisser mes chaussures sur le carrelage beige. Dans l'odeur de soupe et de poireaux, le sifflement des soupapes, elle m'a pris dans ses bras et j'ai pleuré, juste pour l'accompagner je crois, lui montrer que j'étais là, avec elle quoi qu'il arrive. Les yeux fermés mes joues se mouillaient, je reniflais et je tremblais contre son corps déjà maigre. Au bout d'un long moment, elle s'est redressée, a essuyé ses yeux, son nez et sa bouche avec le tissu de sa robe trop large, et m'a demandé pardon. Je cherche encore quoi répondre, j'ignore de quoi elle voulait ainsi que je lui pardonne, j'ignorais qu'une mère puisse un jour demander pardon à son fils." (p. 24-25).

Merci, Biblio, pour le prêt.

Falaises, Olivier Adam, Editions de l'Olivier, août 2005, 206 p.