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Nico et Laura ont respectivement douze et quatorze ans lorsque leur père se résout "enfin" à quitter le domicile. Vont-ils finalement souffler ? pas vraiment. L'autorité abusive de leur père est de celles qui laissent des traces à vie, notamment pour le jeune garçon qui va s'auto-punir, mal s'alimenter, s'infliger des séances de sport/torture pour s'endurcir, et continuer de fuguer...

Comme dans Une année étrangère, Brigitte Giraud dissèque avec acuité et sans complaisance un couple en crise, une famille à la dérive. Ici, les enfants font les frais d'un père visiblement dérangé, violent, qui joue de son autorité avec son fils, l'humilie. On pense à Folcoche dans Vipère au poing... La mère est débordée et épuisée par sa profession de médecin généraliste, elle désapprouve le père mais n'ose (ou ne peut) pas le contrer... Si Laura, la fille aînée, semble relativement épargnée, elle souffre évidemment de l'ambiance délétère du foyer, entre les colères du père, les provocations du fils, l'impuissance de la mère. Laura et Nico n'ont de répit que lors de séjours chez les grands-parents.

Ce roman met mal à l'aise, on sent une menace sur Nico tout au long du roman, on devine des séquelles incurables, un drame à venir. La chronologie est sans cesse bousculée, la narratrice Laura a beau être délivrée de la présence du père, les souvenirs de ses violences morales ne cessent de la hanter.

Un livre poignant et douloureux, qui m'a cependant moins captivée que Une année étrangère, sans doute à cause de la construction qui rend le récit chaotique, mais qui remplit néanmoins bien son rôle : rendre la persistance de la douleur des enfants palpable, "parce que rien ne disparaît, ni le bien, ni le mal, rien ne se dissipe. Chaque instant pèse de tout son poids. Nous sommes infestés, contaminés, nos cellules, nos globules, nos nerfs ont la charge de notre histoire. La mémoire se répand dans les tissus, coule dans les veines, elle fait des ravages." (p. 115-116).

En extrait, un passage très juste sur l'adolescence : "Ca veut dire quoi grandir ? (...) On est mal. On est entre deux mondes, sur un fil au-dessus de l'abîme. On a le sentiment du temps qui passe pour rien, qui avance sans nous. On est suspendus, en sursis, on croit que tout est grave, que tout est triste." (p. 116)

Nico, Brigitte Giraud, LGF, Livre de Poche, septembre 2001, 155 p.

L'avis de Mr et le mien sur Une année étrangère. Mon billet sur Marée noire, ici.

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