magnusfait_main                  

A cinq ans, suite à un traumatisme, le petit Franz-Georg est "vierge de tout souvenir", il doit tout réapprendre. Son bagage familial, en revanche, sera lourd : son père est un médecin nazi, qui choisira de fuir au Mexique pour échapper à la justice, et l'adolescent sera alors confié à un oncle exilé en Angleterre.

Quand les crimes paternels et la complicité muette de la mère font enfin sens pour lui, Franz est prisonnier de ce poids : "[Il] a reconstitué une partie du puzzle familial qui ressemble bien davantage à un tableau d'Otto Dix, de Georg Grosz ou d'Edvard Munch qu'à la peinture romantique que lui présentait sa mère. (...) Lui, le fils mystifié, abandonné, et surtout insupportablement souillé par cette filiation." (p. 65)... "Il n'est pas un fils, ne le sera jamais. Pire, il reste le rejeton d'un bourreau doublé d'un lâche, et d'une criminelle par complicité, sottise et vanité. Son impuissance à anéantir cette ascendance nauséeuse, ou au moins à réclamer des comptes à ces parents qu'il a aimés avec une innocence qu'il juge à présent coupable, se traduit en violente inimitié à l'égard de lui-même. Ce ressentiment le noue de l'intérieur, et au sortir de l'adolescence sculpte ses traits avec rudesse. " (p. 73-74).

Se sentant "comme un intrus" chez son oncle londonien, Franz-Georg, rebaptisé Adam, part sur les traces de son père au Mexique... On le suit de l'Amérique à l'Europe, entre oubli et réminiscences, amours et deuils, accompagné de son ourson Magnus, aux yeux de renoncule...

Après L'Inaperçu, je suis, une seconde fois, admirative et sous le charme du talent de Sylvie Germain. La destinée de Franz-Georg/Adam est présentée comme un conte beau et cruel. Le récit foisonne de réflexions justes, poignantes et profondes. L'écriture est à la fois percutante et fluide, fine, sans fioritures. C'est parfois poétique, mais jamais posé, ni artificiel... Bref, c'est MAGNIFIQUE, EMOUVANT, A LA FOIS RICHE ET SOBRE... Que dire d'autre ? lisez-le ! sortez-le de votre PAL, courez chez votre libraire, ou à la médiathèque (il doit être dispo car il n'est pas récent)...

PS : j'aime beaucoup la couverture, pour l'ourson d'abord, qui semble bien sympathique, et parce que cette peluche s'avère fidèle à la description de Magnus, ensuite...

L'avis de Sylire.

Magnus, Sylvie Germain, Gallimard, Folio, juin 2007, 263 p.