arm_niensL'avis de Mr :

Suite à un formidable voyage en Turquie, j'ai souhaité en savoir davantage sur le massacre des deux tiers - soit environ 1,2 millions de personnes - de la population arménienne de l'Empire Ottoman d'avril 1915 à juillet 1916. En effet, notre guide, interrogé à ce sujet, nous a expliqué que l'Etat turc reconnaît un nombre important de victimes (qu'il n'a pas donné) mais conteste le caractère génocidaire des évènements à l'origine de leur mort. Selon les autorités turques, et selon lui, le gouvernement turc de l'époque souhaitait "simplement" déplacer les populations arméniennes d'Anatolie et du haut plateau arémien vers les actuelles Syrie (Alep), Liban et Palestine. L'inexistence de victimes arméniennes à Constantinople/Istanbul (une population arménienne relativement importante y est demeurée sans être inquiétée) confirmerait l'absence de volonté d'extermination de la population arménienne par le pouvoir turc de l'époque.

armenie

Ce livre est présenté sous la forme de questions/réponses, ce qui le rend particulièrement lisible et permet au lecteur qui le souhaite de ne s'arrêter qu'aux questions qui l'intéressent. Sa concision (85 pages) et sa clarté permettent en outre de prendre rapidement connaissance de thèses tout à fait différentes, et à mon avis plus crédibles, que celles de la version officielle turque. En effet, la non ouverture des archives de ce pays relatives à ces évènements, le maintien d'une peine d'emprisonnement pour leur désignation sous le terme de "génocide" (considérée comme "portant atteinte à le sécurité de l'Etat"), ainsi que les intérêts financiers (réparations) et géopolitiques en jeu sont des éléments qui conduisent à douter fortement de la sincérité de l'Etat turc sur ce sujet (mais pas de celle de notre guide). S'agissant de la survivance d'une population arménienne dans la capitale de l'époque, le livre indique que les évènements ont débuté à Constantinople/Istanbul par la suppression d'environ 2 000 personnes constituant l'élite de la communauté arménienne, tandis que les autres Arméniens demeurant dans cette ville ont été épargnés car ils ne pouvaient plus constituer une menace ou une force de résistance (et que leur massacre en ce lieu de résidence de nombreux étrangers - diplomates notamment - aurait été particulièrement visible). Le contexte politique dans lequel ces évènements se sont produits et l'attitude du reste du monde à leur égard sont en outre particulièrement bien expliqués.

En résumé, je recommande fortement la lecture de ce livre, intéressant et instructif.

Le génocide des Arméniens, Anne Dastakian et Claire Mouradian, Tournon, Collection "Cent réponses sur...", avril 2005, 95 p.