decoinKitty Genovese est  poignardée à mort une nuit de mars 1964. Le meurtrier, un mécanographe de vingt-neuf ans, marié et père de deux enfants, est rapidement appréhendé. Deux journalistes découvrent que trente-huit personnes  ont été les témoins passifs de ce drame. Pourquoi ? Comment ?

J'attendais beaucoup de ce roman, Didier Decoin est un auteur qui m'a enchantée il y a dix-quinze ans... Le premier tiers du livre m'a semblé piétiner, tourner en rond, je m'y suis ennuyée. Puis on assiste au procès, notre curiosité sur l'affaire est enfin éveillée et partiellement satisfaite. On reste abasourdis par certains des prétextes invoqués par les témoins pour justifier leur immobilisme. Lourde de détails sordides, la dernière partie du roman présente néanmoins l'intérêt de mettre le lecteur face à sa propre lâcheté, son inertie probable, lorsque survient un danger pour autrui.

L'épilogue est très intéressant, il rapproche ce cas - réel - de phénomènes observés par des psychologues lors de tests de mises en situations : "Latané et Darley conclurent que quand un seul témoin est présent dans une situation d'urgence, il porte la responsabilité de devoir l'assumer ; mais si d'autres sont présents, la charge de la responsabilité se diffuse." (p. 183)

Les dernières phrases du livre m'ont semblé judicieusement choisies pour illustrer ce sinistre fait divers : "Le monde est un endroit redoutable, disait Albert Einstein. Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, qu'à cause de ceux qui voient ce mal et ne font rien pour l'empêcher." (p. 186).

Avis : 13/20

Est-ce ainsi que les femmes meurent ? - Didier Decoin, LGF, Le Livre de Poche, mai 2010, 185 p.

De Didier Decoin, j'ai beaucoup aimé John l'enfer (prix Goncourt en 1977), La femme de chambre du Titanic, La promeneuse d'oiseaux, Louise, Docile. J'avais en revanche abandonné Les trois vies de Babe Ozouf.

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