EESBon, je suis un peu furax, j'avais prévu de relire Variations énigmatiques, pièce qui m'avait fait découvrir Eric-Emmanuel Schmitt il y a une quinzaine d'années. Et je ne retrouve plus mon ouvrage (vous avez dit "bordélique" ?)... Pour honorer l'invitation de Pimprenelle, je me suis donc tournée à défaut vers Le visiteur, dont je gardais un bon souvenir.

schmitt

Vienne, 1938. Freud est un vieil homme malade, il se sait atteint d'un cancer. Il s'apprête à fuir l'Autriche nazie où les juifs sont déjà victimes de violences. Tandis que sa fille Anna est arrêtée par la gestapo pour avoir été insolente avec un nazi, Freud reçoit la visite d'un homme mystérieux. Il discute avec lui comme s'il s'agissait d'un de ses patients pour deviner son identité.

Joute oratoire entre Freud et Dieu ou cheminement intellectuel d'un vieil homme à l'approche de la mort ? Peu importe ! Les idées émises sont passionnantes. Elles nous invitent à réfléchir sur l'athéisme, sur l'inertie de Dieu - s'il existe - face aux violences et drames humains, sur le besoin des hommes de croire en Dieu quand tout s'effondre, sur le déclin de la religion dans la civilisation occidentale... Bref, ça foisonne de réflexions brillantes et c'est très agréable à lire, d'autant que les rebondissements se succèdent quant à l'identité du "Visiteur".

J'avais beaucoup aimé également la pièce Petits crimes conjugaux. J'ai eu quelques déceptions parmi les ouvrages plus récents d'Eric-Emmanuel Schmitt, notamment avec Ulysse from Bagdad...

De nombreux liens sur différents ouvrages de l'auteur à découvrir ici. Merci Pimprenelle !

"Le visiteur", p. 130-221, in Théâtre, Eric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, septembre 1999, 245 p.

Extraits :

"FREUD : C'est la bête en moi qui veut croire, pas l'esprit ; c'est le corps qui ne veut plus tremper ses draps d'angoisse ; c'est un désir de bête traquée, c'est le regard du chevreuil acculé au rocher par la meute et qui cherche encore une issue... Dieu, c'est un cri, c'est une révolte de la carcasse !" (p. 184)

"FREUD : Le croyant avance en pensant qu'il y a une porte au bout du tunnel, qui s'ouvrira sur la lumière... L'athée sait qu'il n'y a pas de porte, qu'il n'y a d'autre lumière que celle-là même que son industrie a allumée, qu'il n'y a d'autre fin au tunnel que sa propre fin, à lui... Alors, nécessairement, ça lui fait plus mal quand il se cogne au mur... ça lui fait plus vide quand il perd un enfant... ça lui est plus dur de se comporter proprement... mais il le fait ! Il trouve la nuit terrible, impitoyable... mais il avance. Et la douleur devient plus douloureuse, la peur plus peureuse, la mort définitive... et la vie n'apparaît plus que comme une maladie mortelle..." (p. 185-186)

"L'INCONNU : Le moment où j'ai fait les hommes libres, j'ai perdu la toute-puissance et l'omniscience. J'aurais pu tout contrôler et tout connaître d'avance si j'avais simplement construit des automates." (p. 205)