hartnettPartis acheter des glaces, les trois enfants Metford, âgés de cinq à dix ans, ne sont jamais revenus. L'événement, évidemment relayé par les médias, affecte Adrian. Ce jeune garçon a neuf ans, il est élevé par sa grand-mère et son oncle, et ignore pourquoi sa mère ne s'occupe plus de lui. Souvent seul, ou isolé parmi des adultes, Adrian laisse vagabonder son imagination fertile, surprend des paroles amères et destructrices de ses proches à son propos...

Une atmosphère étrange imprègne ce roman. Tout y semble feutré, doux, mélancolique, mais aussi menaçant, à l'instar de l'environnement du jeune protagoniste timide et craintif. On sent une ombre, on attend un drame, un lien possible entre Adrian et les petits disparus. Le style a beau être fluide et le texte parsemé de réflexions subtiles, c'est assez déroutant de flotter, de se sentir avancer à l'aveuglette dans le récit, comme cet enfant sans parents qui redoute l'avenir. Quoi qu'il en soit, Sonya Hartnett dépeint brillamment les peurs enfantines, ainsi que la cruauté dont sont capables les enfants, et la souffrance qu'elle peut provoquer chez les plus sensibles, les délaissés... Malgré toutes ses qualités, ce roman me laisse sur une impression mitigée, et j'attendrai un peu avant de lire d'autres titres de Sonya Hartnett, je pense.

C'est ce joli billet qui m'a donné envie de découvrir cette auteur et cet ouvrage en particulier - merci Calypso !

Mon avis : 14/20

Une enfance australienne, Sonya Hartnett, Le Serpent à Plumes, février 2010, 198 p.

Deux extraits particulièrement émouvants :

"Il a fallu quelques jours à Adrian avant de prendre conscience que l'école est un long calvaire pour un enfant seul. Il n'a pas l'instinct grégaire. Il est incapable de s'intégrer à un groupe d'amis. Il pense qu'il n'a rien à leur apporter, qu'il serait un parasite et, partant, traité avec le mépris approprié. Il pense qu'il n'a rien à apporter à qui que ce soit pour une raison simple : il estime être ordinaire et ennuyeux. Rien, en lui, n'a la moindre valeur. Au moins, il est assez intelligent pour en avoir conscience. Il ne veut pas être l'un de ces ratés qui errent autour des cercles de copains, qui jouent les souffre-douleur, les esclaves ou les bouffons. Adrian préfère s'exiler de son propre chef. Seul, mais digne. Il ne sera pas blessé tant qu'il saura se protéger. Sauf que l'école est un endroit impitoyable pour un enfant rejeté. La sonnerie de midi suffisait à glacer le sang d'Adrian. L'heure de la pause était une traversée du désert interminable." (p. 137)

"Il a l'impression d'avoir passé sa vie de garde en garde, de maison en maison. Il est la bombe que l'on se lance quand on joue à la tomate, la poupée russe dont chacun enlève une enveloppe, et qui rapetisse au fur et à mesure. Il a peur de perdre la dernière couche qui le protège. Il ne veut pas savoir à quoi il ressemblera quand il sera à nu. Il ne veut pas imaginer ce qu'il éprouvera." (p. 167)

~ Roman australien ~

lecture_australienne