13_raisonsHannah, lycéenne, s'est suicidée. Dès le lendemain, treize personnes reçoivent à tour de rôle un lot de cassettes. Hannah y explique longuement leur part de responsabilité dans ce geste désespéré. Clay, qui a beaucoup aimé cette camarade, est l'un des destinataires.

J'ai été immédiatement captivée par ce roman, d'abord parce que la curiosité du lecteur est rapidement titillée, mais aussi en raison de son style fluide et de sa forme - l'alternance entre le récit du narrateur et le témoignage enregistré d'Hannah. Par contre, je n'ai ressenti que tardivement de l'empathie pour l'adolescente, je suis restée longtemps insensible à ses reproches. Les faits qu'elle relate m'ont semblé souvent futiles, voire mesquins. Certes, leur accumulation et le crescendo peuvent leur conférer un aspect traumatisant, et oui, bien sûr, les trois derniers événements douloureux ont pu biaiser a posteriori sa vision des mois précédents... Par ailleurs, le fait qu'Hannah ait pris le temps d'enregistrer ces accusations m'a paru trop mélo, trop froid, trop calculé, et de ce fait peu crédible. J'y ai davantage perçu un désir de vengeance implacable qu'une réelle souffrance. Bref, je n'y ai pas cru... Peut-être aussi suis-je restée étrangère à ces adolescents américains qui ne vivent pas le lycée de la même façon que je l'ai connu (pom-pom girls, tout le monde se connaît, vie privée sue de tous, y compris des adultes...). Quelques réflexions, à la fin, m'ont semblé plus justes : le garçon qui culpabilise de n'avoir pas deviné les intentions d'Hannah lorsqu'elle est venue lui faire don de son vélo, ce genre de petits détails qu'on remarque après-coup, trop tard, et pour lesquels on peut s'en vouloir une vie entière... En résumé, je suis en partie passée à côté de ce roman même si, comble du paradoxe, je l'ai lu presque d'une traite...

Tant mieux si ce roman fait réfléchir des adolescents. Mais souhaitons qu'il n'accable pas davantage ceux qui se sentent responsables du suicide d'un proche. Ce livre me semble en effet très réducteur pour un sujet si délicat.

Merci à toi, Sophie, pour ce prêt !

Treize raisons, Jay Asher, Albin Michel, Wiz, mars 2010, 288 p.