monninNé grand prématuré, Eugène a succombé à six jours à une infection nosocomiale. Nous assistons aux douleurs parallèles des parents lors de la première année de deuil, aux turbulences au sein du couple. Chacun réagit différemment : la mère se mure dans le silence, ne communique que par écrit et très brièvement. Le père a besoin de donner une existence à son enfant, en le dotant de qualités, en l'inscrivant dans le temps : il l'ancre dans le passé via sa généalogie et lui dessine un avenir.

Sans exhibitionnisme ni sensationnalisme, avec une grande dignité, ce texte de deuil est beau, émouvant. Bien que souvent poignant, il m'a moins bouleversée que je le craignais - peut-être me suis-je moins identifiée à cette douleur exprimée par un père ? Ces paroles paternelles sont pleines de douceur et d'amour, sages et pragmatiques... Mais lorsqu'il enquête sur les camarades de crèche qu'Eugène aurait dû avoir et s'imagine courir avec son fils dans le dos, on craint alors de le voir sombrer dans le déni, la dépression... Le récit s'achève joliment sur une longue lettre de la mère à son enfant.

Un joli roman sur la douleur de la perte d'un enfant, le couple face aux épreuves, ainsi que le deuil d'une manière générale et le sentiment de solitude extrême qui en résulte.

Merci, Biblio, pour m'avoir conseillé et prêté ce livre, dont le thème m'effrayait a priori.

Avis : 15/20 - Horloge  05-06/02

Les vies extraordinaires d'Eugène, Isabelle Monnin, JC Lattès, août 2010, 232 p.