la_part_de_l_hommeAncienne commerçante en mercerie, Salme n'aime pas les romans, elle se méfie de ces histoires inventées et leur préfère les documentaires, même si elle n'en lit pas. Accompagnant sa fille à un salon littéraire, elle se voit proposer 7 000 euros par un écrivain contre le récit  de sa vie. La somme lui paraît rondelette, et elle semble en avoir besoin pour un usage précis, elle se laisse tenter. Elle rencontrera l'auteur quelques fois dans une cafétéria pour se livrer. Ses confidences alternent avec les vies respectives de ses enfants et celle d'un tiers - authentiques ou telles que l'auteur les refaçonne ?

Les premières pages offrent au lecteur une bouffée d'air frais bien agréable ! Sous des dehors naïfs et abrupts, Salme ne manque finalement ni de bon sens, ni de subtilité, et son regard sur ce monde qui la dépasse est amusant. Hélas, le récit perd de sa vivacité et de sa fraîcheur lorsque les autres protagonistes sont mis en vedette, en particulier Kimmo, "requin" puant et désabusé. Le récit tend alors à s'enliser dans des longueurs. L'humour à la fois léger et percutant du début s'estompe au profit d'une critique mordante de la Finlande, de la société capitaliste, intéressante mais lente et "lourde". Puis le roman change radicalement de ton dans les cinquante dernières pages, intenses et poignantes : l'auteur abandonne tout cynisme pour évoquer le deuil avec une belle sensibilité... Un roman fort mais inégal, offrant une réflexion intéressante sur la frontière fiction/vécu dans une oeuvre romanesque.

Idée trouvée chez Clara, merci ! La couverture a achevé de me convaincre. Heureusement, j'avais oublié à quel point j'avais fini par m'ennuyer dans Rue de la tranchée de cet auteur, au point d'abandonner.

Pouce levé : 15/20 - Horloge du 20 au 23/03

La part de l'homme, Kari Hotakainen, traduit du finnois par Anne Colin du Terrail, JC Lattès, février 2011, 290 p.