j'apprends l'hébreuFrédéric Queloz a dix-sept ans. Son père travaille dans une banque, ses mutations à l'étranger obligent la famille à déménager fréquemment. Après Paris, Oslo, Berlin, les Queloz s'installent à Tel Aviv. Le jeune homme apprend une nouvelle langue, l'hébreu. Il s'interroge sur ce pays si particulier qui le renvoie à ses propres problèmes d'identité, de comportement, de communication. Il se cherche, s'égare, rejette sa famille en général et hait son petit frère de dix ans en particulier...

Pas facile à suivre, ce livre. La plume est limpide, on ne s'ennuie pas, le récit alterne entre la narration de Frédéric et des tranches de vie passées de ses parents et de sa fratrie. Mais l'adolescent est étrange, dans ses rapports aux mots, à la parole, à l'écrit, aux autres, et il n'est pas toujours aisé de saisir ses divagations, ses obsessions. Une lecture parfois chaotique, un roman difficile à appréhender. J'en suis restée souvent à distance, mais me suis néanmoins fréquemment émerveillée au détour de phrases, d'idées, et la fin m'a beaucoup émue.

Une déception, moindre cependant qu'avec Prenez l'avion. J'ai hâte de relire J'apprends l'allemand, qui m'avait tant plu - et je ne me souviens plus pourquoi. 

Annie/Mazel a beaucoup aimé, elle en parle ici.

Pensif 3 -  Horloge  3-5 septembre 

Merci Patricia !  Cadeau 

J'apprends l'hébreu,  Denis Lachaud, Actes Sud, 12 août 2011, 236 p.

Extraits :

" Mes parents sont inquiets. Je m'en rends compte. Ma mère surtout. Quand je tourne les yeux vers elle, je m'aperçois qu'elle est en train de m'observer. Il y va de mon intérêt présent et futur de la rassurer autant que possible. Mais comment faire ? Comment faire pour qu'une mère cesse de s'inquiéter pour son fils quand elle a toutes les raisons de s'inquiéter pour son fils ? "   (p. 62)

" [Son mari] Paul n'aime pas les soucis. Avec Paul, rien n'est jamais grave. Tout va toujours s'arranger. Il dédramatise. Le plus souvent, Mathile s'en satisfait. Paul a le don de désamorcer son inquiétude. Mais pas toujours. Elle se sent parfois abandonnée quand un problème la préoccupe sérieusement. Paul se retranche dans cette placidité imperturbable qui fait le plus souvent sa force. Alors la détresse de Mathilde se démultiplie car Paul sait parler. "   (p. 79)

" L'Histoire Officielle est la mémoire que s'offrent les dominants. Ils ambitionnent de l'implanter dans tous les esprits. Toujours s'en méfier. "  (p. 88)

" Toute la maison lui appartenait [à l'Arabe]. Elle a été récupérée. Il y a eu une loi sur ce qu'on a appelé les "biens abandonnés". Ce n'est pas très glorieux, cette époque (...). Comme en Amérique, quand les colons européens ont volé leur terre aux Indiens, c'est ce que je comprends. Voilà, quelque chose comme ça. Ils n'en sont pas très fiers non plus. Même aujourd'hui. Les Américains n'aiment pas parler des Indiens. Les Canadiens non plus. (...) faire naître un pays nouveau, ça n'a rien du conte de fées. Ca n'est jamais très propre. "  (p. 102-103)

" Je sais que tu veux partir et tu as raison, il faut partir. J'en ai voulu à mon fils quand il est parti, je ne peux toujours pas accepter qu'il ait eu besoin de mettre toute cette distance entre nous, mais je l'admets. Il faut partir, donc il faut trahir. Il te faut trahir ceux que tu n'as pas choisis pour t'ouvrir à ceux que tu choisiras. "  (p. 183-184)

" Comment peut-on échouer à ce point quand on pense bien faire ? Comment la vie paisible qu'il s'est efforcé d'assurer à sa famille a-t-elle pu conduire jour après jour jusqu'à cette façade, comment tout le confort, la sécurité minutieusement pensés et bâtis au quotidien ont-ils pu édifier ce mur, cette séparation entre son fils et lui-même (...) ? "  (p. 233)

Challenge 2% de la Rentrée Littéraire 2011 chez Herisson - 9/14

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