des vies d'oiseauxovaldé- COUP DE COEUR DE LA RENTREE 2011 -

Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé

Quelque part en Amérique du sud, à la toute fin du XXe siècle... Un flic (cousin latin d'Adamsberg), un riche industriel affairé, son épouse désoeuvrée, leur fille - majeure mais encore si jeune - en vadrouille avec un "voyou"... Leurs destins se croisent ou se séparent, sans précipitation, sans heurts, sur fond de nostalgie maternelle, de hiatus entre générations...

Après quelques ouvrages qui m'ont semblé obscurs (sombres et/ou abscons), je savoure désormais les romans de Véronique Ovaldé. J'ai retrouvé dans ce dernier récit le charme de Ce que je sais de Vera Candida. Attention, on n'est pas passé au rose bonbon : maladie, mort, chagrin d'amour, enfance meurtrie, mélancolie ne sont jamais loin. Mais un enchantement, une douceur, une langueur colorent, parfument tout autant ces deux ouvrages. Une plume délicieuse, enrobante, de courts chapitres, un récit qui flirte avec le conte, tant sur le fond que sur la forme, tout en restant pragmatique. Beaucoup de réflexions, d'observations brillantes qui font écho et/ou émeuvent, en particulier sur le vieillissement, l'amour, le couple, la féminité, la maternité, les relations mère-fille, la nostalgie de l'enfance de nos petits déjà si grands...

Un moment de lecture savoureux et intense, à renouveler rapidement pour le plaisir.

Pouce levé = 5 - 19/20 -  Horloge  29 et 30/09

Des vies d'oiseaux, Véronique Ovaldé, Editions de L'Olivier, 18 août 2011, 253 p.

Extraits :

" Se souvenir toujours de son petit corps [de sa fille], de sa grâce, de la texture de sa peau, de son haleine, de son odeur, de sa voix (...). Vida voulait prendre la totalité de ces fragments parfaits et en faire un trésor réellement inaltérable. Et quand elles étaient ensemble  elle savait que c'était impossible et cette impossibilité la plongeait dans un désespoir infini. Elle avait l'impression que sa beauté, sa tendre enfance lui échappaient déjà. Qu'elles s'en allaient en particules dans l'air, comme des filaments de sa perfection. Elle se disait "Il faut que je la photographie, que je l'enregistre" mais toutes ces opérations étaient vaines (...). Elle savait ce qui la faisait rire alors elle la faisait rire et ce rire d'enfant, ce rire qui s'en allait déjà à toute vitesse, lui piétinait le coeur. "  (p. 60-61)

" Vida a quarante-trois ans. Et pour une raison inexplicable, au vu du bon état général de ses artères et de chacun de ses organes, de l'élasticité encore intacte de sa peau, de la chair de ses bras qui ne pend pas quand elle tente d'attraper quelque chose sur une étagère, malgré tous ces signes qui lui disent que le temps n'est pas encore venu de refermer sa porte, Vida se sent infiniment vieille. "   (p. 68)

" Le bonheur privé ordonnait et conférait du sens à sa vie, Paloma [sa fille] était son seul système de repères et sa balise, elle se rendait compte du danger de cette unique lorgnette, et elle en ressentait une étrange douleur amoureuse (une sorte de chagrin qui oppresse la poitrine, mais un chagrin délicieux parce que exclusif, un chagrin qui vous dit combien vous êtes vivante et combien ce que vous aimez est précieux), elle savait bien que les dés étaient pipés, et que, quel que soit son comportement, elle aimerait toujours plus sa fille que celle-ci ne l'aimait."  (p. 78)

" Quand donc mon amour pour Teresa se sera-t-il entièrement consumé ? Quand donc n'en restera-t-il qu'un misérable tas de cendre ? Il n'y aura qu'à souffler dessus, ou mieux encore, le vent s'en chargera et les cendres s'envoleront et il ne subsistera que la trace d'un vieux feu. "  (p. 80)

... et tant d'autres passages délicieux que je vous laisse découvrir...

Un grand Merci à Price Minister pour ses "matchs de la rentrée" et à ma marraine ! smiley-emoticone-personne-imaginaire-baguette-fee Cadeau

     
Challenge 3% de la Rentrée Littéraire 2011 chez Herisson  - 16/21

(comptage officiel de Herisson : 4 BD, 12 romans dont 1 abandon, donc 11/14)

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