village anatolienLu par Mr :

L'auteur est instituteur dans un village isolé du centre de l'Anatolie.

Il raconte sa vie et celle des villageois qui l'entourent, à la fin des années 1940. Il décrit et donne son avis sur de nombreux sujets : du cadre de vie (habitat, mobilier, etc.) aux rites sociétaux (fiancailles, mariages, cérémonies mortuaires, fêtes et jeux, etc.), en passant par la vie quotidienne (alimentation, hygiène, activités économiques...) et les mentalités (superstitions, rapports à la religion...).

Ce sont les difficultés à vivre dans un environnement hostile (climat) et la misère qui prédominent : difficultés à se chauffer et à s'éclairer, faim, absence d'hygiène et de soins... L'auteur ne limite cependant pas son propos à ces constats : il analyse des facteurs empêchant ses compatriotes de sortir de leurs difficultés, aux premiers rangs desquels le manque d'éducation scolaire et l'analphabétisme qui en résulte, ainsi que le poids des traditions et de la religion musulmane (dont les représentants craignent de perdre leur influence et leurs avantages en cas d'accès généralisé à la culture). Les techniques agronomiques restent inadaptées (la bouse de vache sert de combustible plutôt que d'amendement, l'irrigation est exeptionnelle, etc), l'hygiène se limite presque aux ablutions dont la finalité est surtout symbolique, la prière semble être - à juste titre compte tenu des méthodes de soins usitées - la moins dangereuse des façons de se soigner !

La postface de l'édition présentée ici est plus positive puisqu'elle présente la situation du village dans les années 1970, en net progrès, notamment grâce aux subsides envoyés par les travailleurs émigrés en Allemagne et à la scolarisation qui a accompagné un développement économique récent.

En conclusion, j'ai trouvé cet ouvrage très complet et très intéressant, malgré la relative ancienneté du monde qu'il décrit. L'honnêteté intellectuelle de l'auteur est en outre à souligner : jamais il ne se donne le beau rôle ; il se présente simplement comme quelqu'un qui a eu la chance d'étudier et qui aimerait faire partager son savoir.

Un village anatolien,  Mahmout Makal, Plon, Terre Humaine, Pocket, septembre 1998.