QUELQUES MOTS ENTENDUS, NOTES, LORS DE LA RENCONTRE "GONCOURT DES LYCEENS" 2011 - Nantes, 18/10/2011 - (3/3)



ChalandonkillybegsSorj Chalandon, Retour à Killybegs 

Lycéen : « Y a-t-il une continuité entre Mon traître  et Retour à Killybegs  ? »

SC : « C’est un écho. »

« La problématique du traître est passionnante. Dans le titre il y a « mon » comme « mon ami » et « traître »… comme celui qui m’a trahi. »

A écrit Mon traître  pour faire « son deuil de son amitié, de sa colère, de sa rancœur. »

Il était lui-même dans l’histoire du traître, ils ne se sont pas quittés pendant 20 ans.

"Avant d’être un traître, Denis était un combattant."

« Pendant des années, on n’a pas eu les mots pour dire les choses, comme ceux qui rentrent des camps. »

Lycéen : « Pourquoi tant de scènes choquantes et violentes ? »

SC, visiblement étonné : « Parce que ça m’a choqué, parce que c’est violent, parce que c’est la guerre ».

« Tous ces gens-là ont vécu dans cette horreur-là. Je ne vous y emmène pas pour vous rincer l’œil, mais pour comprendre pourquoi ils se battent. (…) On me dit « Pourquoi vous ne tournez pas la page ? » Eh bien parce qu’avant de la tourner, il faut la lire, la page. »

« On a tous en nous un traître, et un trahi. Là je parle de l’Irlande. On est le 18/10/2011, le 17/10/1961, des dizaines de travailleurs algériens ont été jetés dans la Seine… Quand vous lisez ce livre, pensez à toutes les barbaries… »

« Dès lors que quelqu’un se sent opprimé dans sa culture, dans sa langue, ça m’intéresse »

« Je me sens vide, fatigué, triste mais je ne permettrai à personne de le juger [mon ami/traître]. »


Carole Martinez, Du domaine des Murmures

[ Je décide de relâcher mon attention, émue par le témoignage de Sorj Chalandon… Mais impossible : Carole Martinez a des dons de conteuse inouïs, sa façon de parler et son sujet me captivent rapidement : les femmes ‘recluses’, ‘emmurées’ au Moyen-Age, phénomène qui m’avait déjà beaucoup impressionnée dans  Je, François Villon de Jean Teulé. ]

« D’immobile en immobile, les messages passaient. »

« J’adore « travailler » la matière féminine. » (= façonner des personnages féminins.)

Elle construit un décor avant de commencer son livre, ici : un château en tuffeau.

« La réclusion était la seule forme de rébellion possible pour les femmes à cette époque. »

Lycéen : « Critiquez-vous la place de la femme dans la société médiévale ? »

CM : « Elles ont su trouver des voies détournées pour accéder au pouvoir mais les portes se sont vite fermées pour ces femmes. »

« Pour moi, la spiritualité et la religion ne sont pas la même chose… Au XIIe siècle, l’être humain baignait dans le sacré, le sacré chrétien et un sacré beaucoup plus populaire (sacré druidique, les saints)… »

Lycéen : « Quel est le message que vous souhaitiez faire passer dans ce livre ? »

CM, après réflexion : « Eh bien : Attention, rien n’est aussi stable que ce qu’on peut imaginer, il faut toujours être prudent. »

A passé quatorze ans à mûrir et écrire Le cœur cousu, elle pense à Du Domaine des murmures  depuis sept ans.


David Foenkinos, Les souvenirs

Evoque dans ce livre « l’extrême vieillesse, quand les personnes se rendent compte qu’elles deviennent une source d’angoisse pour leur entourage. »

« C’est un livre sur les rapports entre les générations, entre le narrateur et son père, le narrateur et sa grand-mère. »

Ce dixième roman est celui « qui m’a pris le plus de temps, c’est aussi le plus personnel, mais le burlesque le rattrape parfois. »

Lycéen : « Vous donnez une image très négative des maisons de retraite ! »

DF, très surpris : « Vous trouvez ? Ce fut extrêmement violent pour moi de voir mon grand-père dans cette maison de retraite. J’ai plutôt voulu alléger certaines choses. »

« Les souvenirs d’autres célébrités sont vrais, j’ai lu des biographies, trouvé des anecdotes intéressantes. »

« C’est un changement fondamental pour moi. C’est mon dixième livre et jusqu’à présent, j’étais incapable d’évoquer des choses personnelles. Habituellement, l’écriture est pour moi le refuge dans la fiction. »

Résultat du vote des lycéens demain. Quelques auteurs ont reçu un accueil particulièrement chaleureux, enthousiaste, lors de cette rencontre (et dans les autres villes, je n'en doute pas), Sorj Chalandon est l'un de ceux-là et cela l'émeut énormément.