quelle moucheMais oui, quelle mouche vous pique, en effet, les ados, pour que vous changiez si vite d'aspect ? Tour à tour rigolos, odieux, étonnamment mûrs, puérils, affectueux, impitoyables, bornés, etc.

Ce petit ouvrage est présenté comme un recueil de nouvelles. Il s'agit plutôt de chroniques autour d'un collégien de troisième et de son univers : les boums, le prof d'allemand, la petite amie qu'on n'assume pas "en plein jour", les vacheries entre copains, le cousin rigolo...

A l'instar des humeurs adolescentes, le ton est assez inégal mais cette lecture est globalement un régal. Beaucoup d'observations bien vues et d'humour. Un fond de pessimisme aussi : la mort, la moquerie, la cruauté, l'ennui, la peur, les amours impossibles... Précisément parce que c'est une période difficile.

A découvrir, ce presque grand (14-15 ans) "petit Nicolas", si vous êtes ado ou parent de... Pour les autres, c'est sûrement très bien aussi, mais vous jubilerez moins, je pense. Quant aux grands-parents, même pas la peine d'essayer d'ouvrir le débat là-dessus avec eux :

1/ ils ne connaissent que la face 'angelot' de votre exemplaire... à force de re-re-feuilleter les albums-photos des premières années ?

2/ ils vous serviront une ineptie désagréable du genre : 'Ne me dis pas que tu as oublié que tu étais pire !?' ou : 'Forcément, avec tout ce qu'ils ont maintenant...'.

Au choix, ou les deux...

Sourire éclatant + Pouce levé = 4,5/5  -  Horloge  sur quelques jours dans le bus

Quelle mouche nous pique ? - Hervé Giraud, Editions Thierry Magnier, 2010, 183 p.

Extraits :

"Je suis devenu le mec qui est sorti avec Vishnou, et ça fait marrer tout le collège, sauf moi. Elle est trop vieille pour moi, trop moche, trop la tête tordue, trop étrangère, trop mal fringuée. Les jours passent, les semaines aussi. J'essaie de croiser Visnia dans les couloirs ou dans la cour ou n'importe où, mais il y a toujours du monde dans les parages et je suis incapable de dépasser la honte que les autres me collent en me répétant sans cesse qu'à défaut de grive, on attrape des merles. Je n'approche plus jamais Visnia, ni ne l'embrasse, ni même lui parle. Elle-même finit par faire comme si on ne se connaissait pas. J'en meurs d'envie mais le jugement des autres s'insinue en moi et me rend lâche. La liberté est ce que l'on en fait. "  (p. 22-23)

"Eyup s'est branché sur les mangas que sa nouvelle famille faisait venir d'Asie par tombereaux entiers et nous a transmis le virus. Même si c'était écrit en japonais, on en lisait des tonnes, on est devenus gravement accros. Lorsque la prof de français nous a demandé de lire  La Princesse de Clèves, Joseph l'a lue en entier en commençant par la fin. Pour le fun."  (p. 37-38)

"  - Tu dessines vachement bien les b!tes, je dis à Joseph.
- C'est mon cousin qui m'a montré.
- Ton cousin qui est en prison ?
- Non, celui qui est à la maternelle."  (p. 98)