enterrement vie garçonZoom sur sept des jeunes années de l'auteur, au lycée puis à la fac, en hommage à son ami d'alors, Eric. La ville de Toulouse dans les années 80, la génération Mitterrand avec son lot d'ouverture culturelle (radios libres), d'espoir, de manifs, de "touche pas à mon pote". Les bons moments complices entre ces deux amis "à la vie, à la mort" grâce à la musique et surtout au cinéma. Les épisodes douloureux aussi, tragiques, qu'ils ont traversés. 

Malgré la nostalgie et la mélancolie qui se dégagent de ce court roman, il pétille d'humour et d'intelligence. L'écriture est parfaite, évocatrice, acérée. Les observations grinçantes et fines sur le militantisme rouge d'une poignée d'étudiants, en pleine dégringolade du "bloc de l'est", sont particulièrement amusantes...

Un régal de lecture, a fortiori  si on y rencontre des échos de sa génération (l'auteur est né en 1969, moi en 68). L'impression mi-douce mi-douloureuse de retrouver un vieil album photo oublié ou soigneusement évité, entre rires, regrets et larmes, entre bons et mauvais souvenirs de tout ce qu'on a partagé avec un proche décédé depuis.

Pouce levé  16/20

Horloge  30/11 et 01/12

Enterrement de vie de garçon, Christian Authier, J'ai Lu, septembre 2009, 91 p.

Extraits :

"En ce temps, la politique était simple. Nous étions de gauche pour ne pas fâcher nos professeurs et "Tonton" veillait sur la France."  (p. 13)

"Eric et moi collectionnions, archivions, notions, recensions. Les films vus, les films à voir, les meilleurs... La liste de nos films préférés, que nous dressions régulièrement et qui évoluait au fil de nos trouvailles, avait valeur d'autoportrait, voire de journal intime."  (p. 20) -> ça ne vous rappelle pas votre comportement avec la lecture ? moi, si !

"En cette fin des années quatre-vingt, U2, Simple Minds et Cure tapissaient le fond sonore. Prince concurrençait Michael Jackson. Les vidéoclips cassaient la baraque. On entendait parler d'une chaîne américaine qui en diffusait vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Sur les sacs US Army des lycéens subsistaient des AC/DC inscrits au feutre noir. Clash, Téléphone et Police étaient de frais retraités. Un peu partout, sur les scènes des bars musicaux de la ville, des disciples brouillons singeaient leurs idoles. Nous ne savions pas que le rock était déjà ridicule et que la new wave le serait bientôt."  (p. 32)

touche pas à mon pote