tt tt de suiteAvec une précision de journaliste, d'entomologiste même, Morgan Sportès décrit, parfois à la minute près, la longue "préparation" d'un enlèvement qui se terminera par la tragique affaire Ilan Halimi. A la tête de ceux qu'on désignera par la suite comme "le gang des barbares", Yacef/Youssouf, qui veut faire un "gros coup pour de la thune", donc de préférence en rançonnant des "Feujs", supposés riches. Mais il tâtonne, brouillonne, teste quelques victimes, complices et "appâts" (des jeunes femmes pour aguicher le futur séquestré, l'attirer dans le piège).

Ce "reportage" est absolument effrayant, on est vraiment dans l'absurde, le sauvage, la violence poussés à l'extrême. C'est d'ailleurs ce que l'auteur exprime en interview, ce sentiment de gâchis, de mimétisme absurde (du ciné ? de la TV ?) dans cette quête de... quoi au fait ? de pouvoir ? de gloire ? d'argent facile ? d'occupation ? d'adrénaline ? Tout un troupeau de jeunes plus ou moins désoeuvrés dans l'obéissance aveugle d'un seul dingue, pour une poignée de billets.

Malgré l'intérêt indéniable de cet ouvrage, et en dépit de l'admiration que j'ai éprouvée pour Morgan Sportès, sa fougue face aux lycéens lors de la rencontre "Goncourt", je me suis longtemps demandé quel était l'objectif de ce livre. Je me suis sentie coupable de le lire pendant plus de la première moitié, agacée de continuer et réticente à le faire, comme si j'assistais vraiment à ces violences, ces "massacres" sans lever le petit doigt. Il s'agit de nous confronter à ce constat d'impuissance, pour nous dire que la société en général, et les défavorisés en particulier vont mal ? Oui, mais encore ???

La deuxième partie a enfin éveillé mon intérêt, lorsqu'on voit "le boss" perdre les pédales pour obtenir sa rançon, multipliant appels, mails, SMS aux parents de la victime, lesquels sont tragiquement pris entre le marteau et l'enclume (le bourreau et les conseils de la police, pas si judicieux que ça, ou entravés par des choix "politiques" ?).

Bref, un sentiment de malaise intense sur une grande partie de ce livre, et persistant longtemps après lecture, sans nul doute. Le genre d'ouvrage qui me pousse à m'interroger sur mes attentes de lectrice. La réflexion ? oui. Le sensationnel doublé d'une sensation d'impuissance totale ? non. Là on s'en prend plein la face et la réflexion bute comme un rat dans un labyrinthe, on ne voit pas de solution, c'est trop énorme, donc fortement dérangeant...

Horloge  02 au 07/12

Tout, tout de suite - Morgan Sportès, Fayard, 17 août 2011, 384 p.

Quelques mots de l'auteur ici, lors de la rencontre avec les lycéens à Nantes pour le Goncourt.

Challenge 4% de la Rentrée Littéraire 2011 chez Herisson  - 26/28  ??

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