désolations

Lorsqu'on lit un second livre d'un auteur après un coup de coeur, on espère y retrouver ce qu'on a tant aimé la première fois, non ? De Sukkwan Island, vous reconnaîtrez les dialogues sans guillemets, le "nature-writing" - avec île isolée, climat hostile, bricolage - la finesse d'analyse des personnages, la tension croissante, et, comme le titre et la couverture le laissent présager, une atmosphère sombre, violente. Le noir s'affiche, percutant, dès les premières lignes et le pessimisme s'exprime ensuite via des portraits de couples en crise latente ou semi-ouverte, des cruautés qu'on reçoit comme des gifles.

David Vann nous immerge ainsi dans les désillusions, l'usure et les bassesses conjugales (choix du partenaire par dépit, par défaut, par confort, adultère, rancoeurs, mesquineries), jusqu'à l'étouffement. Il est également question du vieillissement, des regrets personnels sur la vie passée, a fortiori  lorsque les envies et rêves des deux partenaires divergent, ce hiatus pouvant s'accroître avec la retraite lorsque l'activité professionnelle n'offre plus d'échappatoire.

Bref, ce n'est pas rose, loin s'en faut, c'est même de plus en plus terrible au fil du récit, l'auteur est égal à lui-même. C'est toujours aussi bien écrit, aussi subtilement décrit, observé, analysé, aussi fort et dur. J'aurais volontiers sabré les passages sur la pêche et la construction de la cabane, mais cela m'a (en plus de la migraine) bien aidée à être en harmonie avec Irene.

La plume et le propos de cet ouvrage, l'habileté à décortiquer le couple et la famille, me font beaucoup penser à la sensibilité d'Alison Lurie et à l'acuité d'analyse de Kate O'Riordan.

PS : un roman où l'on apprend qu'à quarante-et-un ans, on est "un vieil homme" - ouch, ça fait mal !

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J'adhère complètement à ces mots de Sophie"... un livre noir, pessimiste et désespéré. Une lecture qui laisse un goût amer et une furieuse envie de se retrouver en famille, mais pour profiter des uns et des autres."

Les témoignages de nos envoyés spéciaux au Canada qui ont vu/entendu l'homme qui a écrit sur l'homme qui a vu l'ours... Paul Arre et Richard !

Pouce levé + Surpris + Premier de la classe + Triste + En pleurs =5Horloge  17 au 19/12

Désolations,  David Vann, Gallmeister, 25 août 2011, Collection Nature Writing, 304 p.

Un grand merci à Rémi Gonseau, interlocuteur très disponible et vraiment sympathique, pour le match littéraire Price Minister, et grand merci aussi à Valérie et Sophie, respectivement marraine et filleule.

En route pour le challenge 5% de la Rentrée Littéraire 2011 chez Herisson, tous genres confondus, 29/35, vite avant le 31/12/11 !

chall 1% litté 2011

Troisième coup de coeur de cette rentrée littéraire 2011 après Des vies d'oiseaux, Skoda... et avant Rien ne s'oppose à la nuit...