isaac babelLu par Mr :

Dans un style très concis et agréable, l'auteur, Isaac Babel (1894-1940) décrit ce qu'il voit à Pétrograd, de mars à novembre 1918.

Les dix-neuf courts récits (3 ou 4 pages) constituant ces "chroniques de l'an 18", présentées chronologiquement, se lisent indépendamment les uns des autres. Ils ont suscité un intérêt inégal chez moi, mais témoignent tous d'un climat de violence et d'une désorganisation importante, créés par la guerre civile en cours. La "déchevalisation" décrite dans l'une des chroniques illustre bien cette désorganisation : par ce terme I. Babel désigne l'abattage massif de chevaux, faute de fourrage à leur donner et afin de nourrir les humains.

Le détachement dont fait preuve l'auteur à l'égard de ce qu'il raconte ainsi que la précision de ses descriptions confèrent à ces chroniques une grande force évocatrice.

Arrêté en 1939, Isaac Babel fut tué en 1940, puis réhabilité en 1954.

Chroniques de l'An 18, Isaac Babel, Actes Sud, Babel, juin 1999, 118 p.

Extraits :

Page 35 : "LES EVACUES - Il y avait une usine, et dans l'usine - de l'injustice. En ces temps d'injustice, toutefois, les cheminées fumaient, les roues des machines marchaient sans bruit, l'acier reluisait, les trépidations retentissantes du travail faisaient vibrer les bâtiments. Vint la justice. Elle fut mal instaurée. L'acier s'éteignit. On commenca à licencier."  

Page 60 : "UN SOIR - Je ne tirerai pas de conclusions. Ce n'est pas mon affaire. Mon récit sera simple. Je passais par la rue Offitserskaïa. C'était le 14 mai à dix heures du soir. J'entendis un cri devant la porte d'une des maisons."  - suit le récit d'un probable assassinat politique, sur un ton tout aussi détaché.