la clienteLe narrateur, biographe, s'intéresse à la vie d'un romancier ayant vécu pendant la seconde guerre mondiale. Pour ses recherches, il consulte minutieusement les archives de l'Occupation, et y apprend, à sa grande surprise, que des membres juifs de sa propre belle-famille ont été dénoncés. Certains des acteurs de ce drame étant toujours en vie, il cherche à en savoir plus auprès d'eux...

Encore un excellent ouvrage qui ouvre les yeux sur une période de notre Histoire souvent abordée ou interprétée de manière manichéenne, ne montrant qu'un côté, celui du bourreau ou de la victime. La réalité est beaucoup plus complexe, les notions de Bien et de Mal sont bouleversées. Au-delà des cas de vengeance purs, d'intérêt vénal, il s'agit bien souvent de sauver sa peau, tout simplement, dans une situation de chaos dont on ignore les lendemains. Autant dire qu'il est impossible de juger ces actes plusieurs décennies plus tard.

Je laisse la place à Pierre Assouline qui l'exprime si bien en quelques phrases, ainsi que dans l'ensemble de cette histoire douloureuse : "Plus je m'enfonçais dans le maquis des archives, plus je m'apercevais que les années noires avaient été grises. Elles n'étaient qu'ambiguïté et compromis. Elles avaient la couleur du flou. L'engagement net et entier, de quelque bord qu'il fût, était l'exception et non la règle. La lecture de centaines de lettres de dénonciation m'avait ahuri. Non par la violence de la haine ordinaire mais justement par sa sérénité, du moins jusqu'au printemps 1942. On s'expliquait, on argumentait. Ils sont trop ceci, ils sont trop cela, on devrait donc les mettre ailleurs, le plus loin possible de chez nous. Ce furent des années de grand débarras. On a beaucoup jeté. Mais je fus encore plus accablé en forant davantage dans ce gisement de rancoeur. C'était le mari trompé qui trahissait sa femme au coeur innombrable, la maîtresse délaissée son amant trop volage, l'ami floué son associé duplice, le père de la fiancée son futur gendre indésirable. Cela s'est passé entre Français. Des chrétiens ont fait ça à des Juifs. Mais des Juifs se sont également fait ça entre eux. A l'instant de sauver leur peau, certains étaient capables de tout."   (p. 59-60)

Un grand merci à Mireille pour le prêt et cette découverte enrichissante !

Pouce levé  =  4.5/5 -  Horloge 16 au 18 mars

La cliente, Pierre Assouline, Gallimard, Foloio, avril 2000, 189 p.

Une lecture qui m'a rappelé Sobibor (trop manichéen selon moi), Tout autour des Halles quand finissait la nuit (plus nuancé).