l'enfant rienAdrien a dix ans, c'est un enfant "rien", il ne sait rien de son père, il ne l'a jamais vu, ignore qui il est, ce qu'il est devenu. La vie est sinistre à la maison. Atteint d'une pathologie rénale, Adrien doit en plus y passer ses journées avec la sœur de sa mère, une espèce de "sorcière" acariâtre, méchante, impitoyable. Pour couronner le tout, la maman est dépressive et ne semble s'éclairer que pour sa fille Isabelle, demi-sœur d'Adrien un peu plus âgée que lui. Celle-ci a un papa qui vient la chercher le week-end - la veinarde ! Adrien aimerait bien se joindre à eux de temps en temps, il voit Isabelle revenir enchantée de ces deux jours d'évasion, mais l'homme s'y oppose formellement : Adrien n'est rien pour lui.

Un livre choc ! Le récit est bref mais époustouflant, bouleversant. Enfant maltraité, mal-aimé, mère célibataire, femme abandonnée, dépression… et quelques autres thèmes qu'il est préférable de découvrir soi-même au fil de la lecture. Un roman très fort qu'on dévore d'une traite, le cœur de plus en plus lourd...

Un coup de coeur pour Noukette et pour Stephie.

16/20 -  Horloge  21 mai

L'Enfant-rien, Nathalie Hug, Le Livre de Poche, mars 2012, 128 p.

Extraits :

"Je reprochais à ma mère de ne jamais parler de mon père, mais, plus que tout, je lui reprochais ces journées sombres où elle se flétrissait comme une vieille dame. Un vendredi soir sur deux, la porte se refermait sur ma soeur et s'ouvrait sur mon enfer. Un abîme de quarante-huit heures. Isabelle partie, ma mère s'éteignait brutalement."  (p.30)

"Je pensais à Catherine [la belle-mère de ma demi-soeur], à ses câlins, à ce père que j'aimerais tant aimer et à tout ce que nous pourrions faire ensemble, s'il était le mien. Mais j'avais beau me concentrer, je n'avais pas de véritable envie. Je rêvais à des trucs idiots, ceux qu'il m'arrivait de voir dans les films américains, la pêche, le base-ball, et c'est tout. Je voulais un père mais j'étais incapable d'imaginer ce que je pourrais bien en faire."  (p.46)

"Enfin, j'ai crié qu'aucune mère ne devrait faire un bébé toute seule, que ça privait les enfants d'une vraie famille, puis, honteux, je me suis précipité hors de la chambre pour pleurer."  (p.52)