dans_la_nuitLu par Mr :

Pendant la seconde guerre mondiale, alors qu'il est adolescent, Albert Clavier vit en zone occupée par les Allemands. Il doit s'occuper de sa mère, tandis que son frère aîné est engagé dans des actes de résistance. Après l'armistice, pour découvrir autre chose que la vie de labeur qui semble l'attendre en France, Albert Clavier s'engage dans l'armée française.

Envoyé en Indochine pour y participer à des opérations de "maintien de la paix" ou de "lutte contre le terrorisme", il comprend que ce vocable dissimule le maintien par les armes d'une présence étrangère dans un pays dont la majorité de la population autochtone ne veut plus. Ses convictions communistes, le constat qu'il se bat contre les valeurs qui sont les siennes et qui selon lui devraient être celle de son pays (liberté, égalité, fraternité), et ses amitiés avec des autochtones, amènent le jeune homme à changer de camp.

Le regard de l'auteur sur la vie de ce personnage réel est bienveillant et le point de vue sur l'histoire résolument engagé.

Par exemple, à propos du rôle civilisateur que revendiquent les colonialistes, l'un des personnage indique, page 122 : "Quelle drôle de façon de civiliser : pour apprendre les gens à bien vivre, on commence par les tuer (...)  les esprits calculateurs nous parlent de kilomètres de routes, de canaux ou de ponts... mais construits par qui ? les indigènes, pour qui ? le colonat."

Même si je ne connais pas bien l'histoire de ce pays et de ses ex-dirigeants (dont Ho Chi Minh, dit "Oncle Ho") il me semble que les possibles dérives de la cause pour laquelle Albert Clavier s'est finalement engagé ont pu être minimisées dans l'ouvrage de Maximilien Le Roy. Il les évoque cependant brièvement à plusieurs reprises, mais souvent en les relativisant :

- page 172 : "les cadres du parti, moi compris doivent faire un examen (public) critique de leur vie, c'est un moment très éprouvant (...) certains se sont suicidés"

- page 176 : "comme dans le modèle maoïste, les cadres sont envoyés dans les villages (...) c'est malheureusement l'occasion, comme après toute libération, de vengeances personnelles, abus à lire toutefois à la lumière de ce que le petit peuple a enduré,

- page 180 : "1962, je découvre sous le manteau le Rapport Khroutchev (...) ; le petit père des peuples a-t-il pu commettre toutes ces exactions (...) ? ce Rapport me fait voir sous un jour nouveau ma situation et les excès que j'ai pu constater ici".

Quoi qu'il en soit j'ai beaucoup apprécié cette bande dessinée.

Son graphisme est très agréable. La façon engagée dont le sujet est traité incite le lecteur à la réflexion et m'a donné envie d'en savoir plus sur cet épisode de l'Histoire. Enfin, les documents en fin d'ouvrage sont intéressants, d'autant plus qu'ils resituent les choses dans une perspective plus contemporaine qui suscite aussi la réflexion (sondage sur l'opinion des Français sur la colonisation).

L'avis de Canel.

Dans la nuit, la liberté nous écoute - Maximilien Le Roy & Albert Clavier, Les Editions du Lombard, septembre 2011, 183 p.