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Coup de coeur en cette rentrée pour son roman L'Embellie.

Auður Ava Ólafsdóttir est une femme souriante, ouverte, chaleureuse et douce, pleine d'humour. Elle s'est exprimée dans un français impeccable, ayant suivi des études d'Histoire de l'art en France.

Voici la retranscription de quelques uns de ses propos. J'espère ne pas trahir ses pensées et les idées qu'elle a voulu transmettre, car ce ne sont que des fragments.

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Née en 1958 à Reykjavik, professeur d'histoire de l'art à l'université d'Islande et directrice du Musée de l'Université d'Islande.
 
Titre en VO de L'Embellie = 'Pluie de novembre' (Rigning í nóvember). Sens plus poétique en islandais, plus mystique qu'en français. Suggère la douceur car en novembre c'est l'hiver en Islande.
'L'Embellie' en français car la pluie s'arrête à la fin du roman. Le récit se finit 2 jours avant Noël, le 23 décembre, quand le jour commence à se prolonger. En Islande, Noël est la fête de la lumière.
 
A travaillé avec sa traductrice pour la version française. Le plus important est de trouver la "musique" pour une écriture dite "poétique". C'est souvent la musique qui commence quand on écrit un roman.
 
Première traduction étrangère de L'embellie : en France.
 
Après avoir écrit un livre, on l'approche en tant que lecteur, et on voit que quelque chose se répète. Et on voit dans les deux romans (Rosa Candida et L'embellie) le thème du voyage et de quelqu'un qui se cherche. Il paraît que c'est un thème important pour les gens qui vivent sur les îles. Partir et revenir. Celui qui revient n'est plus le même que celui qui est parti. On n'est pas considéré comme une personne mûre si on n'a pas voyagé.
 
Paternité dans Rosa Candida : comment on devient père. C'est assez abstrait pour un homme, si on compare avec la façon très concrète de devenir mère.
 
Pleins d'accidents dans L'embellie. Les destins de la femme et de la bête se croisent. Le rôle des bêtes dans le roman est important.
 
Le frère handicapé mental (dans Rosa Candida) et Tumi handicapé physique (dans L'Embellie) : Dans tous mes romans, on trouve des personnages atypiques, différents ; je crois en la force de celui qui est faible, qui est différent.
La narratrice essaie de trouver des justifications [le fait de ne pas vouloir d'enfants, notamment] parce qu'elle est assez atypique. J'espère que mes personnages ne sont pas stéréotypés.
 
Cette femme paraît dure, mais le lien avec cet enfant est tissé de respect et de sensibilité. Quelqu'un a dit qu'il faut être avec un enfant comme on est avec son meilleur ami.
 
Les relations hommes-femmes : l'héroïne est très "accueillante", ne sait pas dire non à celui qui lui demande un service, homme ou femme. C'est une femme libre. Elle parle 11 langues mais elle a des difficultés à communiquer, elle s'exprime autrement. Ce n'est pas un hasard si l'enfant du roman est quelqu'un qui ne parle pas. Il y a un monde au-delà des mots, la communication se passe autrement. On ne peut pas rendre compte de la réalité seulement avec des mots, cela ne suffit pas. Le corps joue un rôle très important dans le roman : celui de la femme mais aussi celui de l'île.
Je ne décris pas les sentiments. Je fais comme dans les anciennes sagas [nordiques], je mets en scène les choses. Décrire la nature et les sentiments de la femme, cela va de pair.
 
C'est aussi un roman sur le temps : le temps circulaire (la montre de la narratrice, le voyage) et les intempéries. La route qui fait le tour de l'île [empruntée par la narratrice et l'enfant] est rompue plusieurs fois par les inondations. La nature compte beaucoup en Islande, c'est en nous.
 
Le prochain roman devrait s'appeler 'L'exception' : sur l'écriture, la poésie. Ils écrivent tous des romans, sauf l'héroïne qui est "l'exception".
 
Pour finir, l'auteur nous a lu en islandais le passage que l'intervieweuse avait choisi dans la VF, lu ensuite. Merveille d'exotisme !

Merci à Auður Ava Ólafsdóttir pour son accueil charmant, et à la Librairie Coiffard de Nantes qui organise plusieurs rencontres à l'occasion de la rentrée littéraire.