echenozIls partirent pour l'Est "la fleur au fusil" début août 1914, persuadés d'être de retour deux semaines plus tard, grand maximum. La suite, nous la connaissons : beaucoup de morts, de blessés, des déserteurs exécutés, des traumatismes chez les rescapés et les proches, la vie qui a continué à l'arrière, tant bien que mal, pendant ces quatre années - deuil, répartition nouvelle du travail entre les hommes plus âgés, les femmes, les adolescents... 

Je me suis demandé sur plusieurs dizaines de pages pourquoi je lisais ce livre, ce que j'y apprenais, quel était l'intérêt pour l'auteur et le lecteur d'un énième récit sur cette guerre… Et finalement, j'ai découvert ces années noires sous un éclairage différent, notamment l'arrivée progressive (dire "en douceur" serait exagérer) sur le front des tout premiers mobilisés. Beaucoup d'informations condensées dans ce bref ouvrage, des zooms sur différents aspects de l'horreur, parfaitement exprimés en quelques phrases. L'écriture est ciselée, parfois à la limite du désuet (je ne lis pas tous les jours des termes comme "semblablement", "mêmement"), mais chaque mot est à sa place, rien de superflu, la plume est parfaite. Auteur à découvrir, pour ma part. 

Pour plus de détails, et surtout ne pas perdre de vue que les hommes étaient les mêmes des deux côtés, lire l'incontournable A l'ouest rien de nouveau (Erich Maria Remarque). Pour les adolescents La marraine de guerre (Catherine Cuenca) et Il s'appelait le soldat inconnu (Arthur Ténor) sont courts et sobres mais néanmoins explicites et très intéressants.

15/20 -  Horloge  11 & 12 octobre

14, Jean Echenoz, Les Editions de Minuit, 4 octobre 2012, 123 p.