la_vie_sans_fardsAutobiographie d'une femme guadeloupéenne élevée à l'occidentale. Maryse Condé retrace ses années de galère en France puis en Afrique, son premier mariage chaotique, ses nombreuses grossesses "surprises", son métier mal rétribué d'enseignante dans différents pays africains, ses choix de vie souvent peu judicieux, comme elle le reconnaît. Ceci en parallèle avec l'histoire des pays où elle a séjourné : la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Ghana, le Sénégal.

L'ouvrage se révèle très intéressant pour tous les aspects géopolitiques, économiques, sociaux et culturels. La négritude (courant, notamment littéraire, lié à l'anticolonialisme), l'Afrique, les sociétés féodales, les gouvernements, les coups d'Etat, la corruption, la complicité occidentale dans les magouilles des personnages influents... Mais aussi les "hiérarchies" plus ou moins tacites (et fantasmées ?) entre Africains, Africains-américains, et anciens esclaves des colonies...

Les documents-témoignages que je reçois pour le prix ELLE sont l'occasion de m'interroger sur la place de l'auteur/narrateur dans un récit personnel. Bien sûr, il s'y dévoile beaucoup, par définition. Il s'y montre parfois sous son meilleur jour, quitte à réécrire les faits. Il peut s'effacer aussi, au profit de la "grande Histoire" dont il fut témoin et/ou victime (cf. Rithy Panh), s'en faire observateur-rapporteur.

Ce n'est pas l'option prise par Maryse Condé, qui comme l'indique le titre, se décrit ici sans fards. Elle l'annonce dès les premières lignes : "Pourquoi faut-il que toute tentative de se raconter aboutisse à un fatras de demi-vérités ? Pourquoi faut-il que les autobiographies ou les mémoires deviennent trop souvent des édifices de fantaisie d'où l'expression de la simple vérité s'estompe, puis disparaît ? Pourquoi l'être humain est-il tellement désireux de se peindre une existence aussi différente de celle qu'il a vécue ?"  (p. 11)

De ce fait, s'y montrant sans complaisance, avec honnêteté, Maryse Condé m'est souvent apparue dans cet ouvrage comme plaintive, éternellement insatisfaite, se posant en victime... Tout comme à l'égard d'un personnage fictif, le lecteur doit pouvoir ressentir une forte antipathie face à un auteur - aussi admirable soit son parcours - non ?

L'avis de Aproposdelivres.

14/20 - Horloge  02 & 03/11

La vie sans fards, Maryse Condé, JC Lattès, 22 août 2012, 334 p.

prix_elle 
lot 10 et 11/2012 - doc (2/2)