la_vie_adulte

Dans les années 1960-1970, il n'était pas rare que madame reste à la maison pour élever les enfants, si monsieur "gagnait bien sa vie". C'est le cas de la mère de Dominique, dans ce récit : femme au foyer dans une banlieue huppée, snob, lectrice assidue, désoeuvrée et déprimée. Jusqu'au jour où elle disparaît, abandonnant mari, fille de quinze ans et fils de dix-sept. Le père (radiologue) se fait papa-poule avec ses deux ados, ce qui n'empêche pas Dominique de s'autonomiser, de prendre un nouveau cap, déjà en s'attribuant un nouveau prénom : elle sera désormais Nathalie. Elle mûrit, s'interroge sur les raisons de la fuite de sa mère, qu'elle éclaircira peu à peu en devenant adulte et en découvrant la féminité post soixante-huitarde...

Un roman gris, lent, placé sous le signe de l'attente, car la famille ne cesse d'espérer le retour de cette femme en fuite. A tel point que le lecteur a le temps de se poser des questions diverses sur ce qui a pu lui arriver, le père sachant visiblement ce qu'il en est, mais pas les enfants.

Des réflexions intéressantes sur l'adolescence, les relations mère-fille, l'amour maternel, le désarroi d'une jeune fille mal-aimée et abandonnée, les revendications féminines/féministes sur l'indépendance, dans les années 70 en particulier.

PS : Une question en suspens : c'était quoi, le truc rose aperçu dans la chambre du frère, en début d'ouvrage (p. 11 de l'édition brochée) ? J'ai bien une idée, mais que se passait-il exactement ?

14/20 - Horloge  21 novembre

Une vie adulte,  Virginie Mouzat, Albin Michel, août 2010, 144 p.

EXTRAITS :

► (...) ma grand-mère avait offert à mon frère sa première mobylette. Il m'avait confié que les trépidations de la selle provoquaient chez lui, les premiers temps, des érections suivies d'éjaculations répétées. Puis il avait rougi, s'apercevant qu'il me parlait, à moi, sa soeur de deux ans sa cadette, deux ans, autant dire un gouffre. Au moment d'enfourcher sa mobylette, j'avais été un peu dégoûtée. (p. 59)

Elle disait mon prénom. Ce prénom choisi par elle avant ma naissance, renié en son absence, renié dès le début de sa fuite. Ce prénom choisi dans le doute, parce qu'elle ne savait pas si elle attendait une fille ou un garçon, parce qu'elle ne voulait peut-être ni d'une fille ni d'un garçon, ce prénom laissé ensuite, par paresse, faute de mieux.  (p. 133)