dickerDepuis son premier et dernier best-seller, Marcus Goldman connaît l'angoisse de la page blanche, pas moyen de s'y remettre. L'éditeur trépigne, le harcèle, le menace. Et puis un sujet lui tombe du ciel. Une histoire vieille de plus de trente ans ressurgit avec la découverte d'un cadavre : la passion amoureuse de son ancien professeur-mentor Harry Québert, et la disparition de la jeune fille qu'il aimait. Une enquête officielle est réouverte (mollement), Marcus mène la sienne en parallèle, de manière audacieuse et beaucoup plus efficace.

L'intrigue est très agréable : on se laisse balader entre les différentes pistes, la dose est parfaite pour nous faire suspecter quelques personnes et maintenir le suspense... Jusqu'au dernier tiers où tout devient excessif, lourdement chargé de rebondissements interminables, pour aboutir à un dénouement complètement abracadabrant.

Si j'ai malgré tout été captivée par l'intrigue sur quatre cent pages, plusieurs éléments m'ont en revanche vite agacée : les mères en particulier sont atrocement caricaturales, d'une stupidité sans bornes. L'histoire d'amour en général et les dialogues - naïfs et ridicules - entre les amoureux transis m'ont semblé issus d'un roman à l'eau de rose, d'une mauvaise bluette... Les intermèdes entre chaque chapitre me rappelaient désagréablement  les poncifs neuneus de Forrest Gump... 

Je peux comprendre que les Lycéens l'aient choisi pour le Goncourt : les échanges sur l'écriture entre Québert et son élève, le côté initiatique, la démystification du joli monde de l'édition et de la littérature (pour ceux qui croyaient encore en sa pureté), les regrets en regardant sa vie dans le rétroviseur, etc. Et, si l'histoire d'amour est maladroitement décrite, certaines des questions qu'elle pose sont intéressantes (amour impossible, deuil, mensonges...). 

Je reste quand même très étonnée que ce roman ait été sélectionné pour le Goncourt, et ait remporté le Grand Prix du Roman de l'Académie française. Ce qui me navre pour l'auteur qui l'a eu l'an passé avec un roman autrement plus fort à tous points de vue (écriture et propos).

globalement : Pensif 11/20 (5/20 pour la description de l'histoire d'amour, 16/20 pour le "suspense polar" sur les 400 premières pages, 6/20 pour les 200 dernières pages) -- 15 au 20 janvier

La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, Joël Dicker, De Fallois, 19 septembre 2012, 670 p.

Le Nouvel ObsAu fond, les Académiciens qui viennent de lui décerner le «prix de la langue française» (en parlant d’un roman américain écrit en français: là, on ne sait plus si l’on doit rire ou pleurer) et les membres de l’Académie Goncourt qui l’ont conservé en finale, ressemblent beaucoup aux professeurs du jeune Marcus Goldman qui tombaient dans ses pièges sans jamais déceler l’imposture. On préfère s’esbaudir devant la belle «horlogerie helvétique» du récit à suspense. On préfère raconter qu’à la foire de Francfort, les droits du roman de Dicker ont été vendus à trente pays. Quelles têtes feront ces pays quand ils verront qu’ils ont achetés le sous-produit pour faire du fric du dernier grand roman américain? Peut-être ne s’en apercevront-ils même pas… (Arnaud Viviant)

-> je suis totalement d'accord 

Challenge thrillers et polars de Liliba, 33e 

dernier récap de TOUS les participants ici (plein d'idées à piocher !) - 

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