gibrat_1Juin 1943. En route pour le service du travail obligatoire en Allemagne, Julien saute du train et retourne incognito dans son village aveyronnais. Il y vit caché, avec la complicité de la bienveillante Adèle, sa tante institutrice. Réfugié dans la maison déserte d'un Juif déporté, il assiste du haut de son "perchoir" aux événements du village (marché noir, collaboration, antisémitisme... mais aussi Résistance et répression allemande ou milicienne). Le lecteur est invité à ce poste d'observateur - observateur parfois voyeur.

Une belle page d'Histoire, non dénuée de quelques traits d'humour, et riche d'enseignements - même si l'on pense avoir vu et revu ce genre de récit, notamment en film. Le graphisme est superbe, réaliste et joliment mis en couleur. Une préface très intéressante explique en détail les choix de l'auteur : cadre géographique, caractéristiques et visages des personnages, option prise par Julien, situations, coloris... Gibrat, jusqu'alors dessinateur, s'est essayé pour la première fois au travail de scénariste dans cette série - c'est réussi.

J'enchaîne directement sur la suite !

Le sursis, tome 1 - Gibrat, Dupuis, Aire Libre, mars 1999, 56 p.

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Début 1944. L'avancée des troupes russes laisse présager une défaite allemande rapide - certains s'en réjouissent, d'autres s'en inquiètent. L'ambiance au village prend des allures de guerre civile, tous les coups sont permis entre maquisards et collabos. Toujours caché, Julien joue avec le feu en sortant de plus en plus, oubliant les principes élémentaires de prudence. L'amour illumine sa vie, mais son sentiment de culpabilité grandit, face à la témérité croissante des résistants... 

Encore un superbe graphisme, le visage doux et fin de la jolie Cécile m'a rappelé les traits de la petite Martine (illustrée par Marcel Marlier) et de la détective Alice (de C. Quine, dessinée par Albert Chazelle). J'ai trouvé l'intrigue plus développée et plus riche que celle du premier opus. Une préface passionnante rend l'auteur sympathique et donne encore plus de sens et d'intérêt à son travail.

--- En résumé pour cette série en deux tomes : un portrait réaliste d'un village occupé, pendant la seconde guerre mondiale. Une description à la fois tendre et sans complaisance d'un homme opposé à la guerre, qui n'a pas le courage de lutter activement contre l'envahisseur. L'auteur précise humblement qu'il aurait pu avoir lui-même ce type de comportement, et le lecteur ne peut que s'associer à cet aveu.

Le sursis, tome 2 - Gibrat, Dupuis, Aire Libre, septembre 1999, 56 p.

15/20 - Horloge 6 février - emprunt mdtk

Auteur repéré chez Sandrine.