rideauEn France, le petit commerce de proximité a prospéré jusqu'au milieu des années 70. L'installation massive des hyper et supermarchés, ainsi que celle des grandes enseignes, a signé le début de leur fin.

L'auteur retrace ici le parcours de sa mère, d'abord vendeuse sur les marchés avec ses parents, puis propriétaire d'une boutique de prêt-à-porter et enfin gérante d'une Maison de la Presse en province. Après lui avoir prêté main forte durant toute sa jeunesse, ce fils n'assurera pas la relève : il suit des études supérieures, passe "de l'autre côté" en décrochant un concours dans la fonction publique qui lui ouvre un poste de cadre au Ministère des Finances (excusez du peu).

Le ton m'a d'abord rebutée : hachuré, trop affecté, en décalage avec le contenu. Le propos très intéressant m'a vite fait oublier ce rythme. L'auteur expose le hiatus entre parent et enfant, entre adolescent déjà en activité et étudiant, entre la pratique du 'petit' commerce et les théories économiques, entre un 'vrai travail' physique et l'image de la fonction publique, entre province et Paris... Ces thèmes m'ont rappelé les autofictions d'Annie Ernaux. 

Zékian rend en outre un bel hommage à sa mère, à cinquante-cinq années de ténacité et de dur labeur, de même qu'au métier de commerçant et aux livres.

15/20 - Horloge 12 & 13 avril - emprunt mdtk

Rideau ! - Ludovic Zékian, Phébus Éditions, février 2013, 128 p.

Extraits :

► Fils de petits commerçants : imagerie populaire où le poujadisme le dispute à l'avidité. Le fonctionnaire est jean-foutre, nanti, gréviste impénitent - les trois réunis ; le petit commerçant poujadiste, bas de plafond et près de ses sous. (p. 14)

 Commerçante depuis l'âge de douze ans, après que son père lui a fait arrêter l'école pour l'accompagner sur les marchés forains, elle a connu toutes les situations auxquelles ont été, sont et seront confrontés les commerçants. Elle a vécu une période facile et insouciante, les années 60. Puis la crise depuis le milieu des années 70. Et les années 80 et 90, protéiformes, visqueuses, inqualifiables. (...)
La déliquescence de son commerce est une négation d'elle-même ; la décroissance des chiffres, une mutilation.
Elle a perdu la main. Elle n'a plus d'emprise sur les choses, emportée par un invisible, un incernable, plus fort qu'elle.
(p. 32)