anouche

A quatorze ans, dix années après leur fuite d'Arménie, Anouche fait encore des cauchemars sur l'horreur du génocide qui les a contraintes à l'exil, sa mère et elle. Elle garde en tête des images traumatisantes du "Tchart"  (persécutions et massacres de son peuple par les soldats turcs). Elles sont désormais installées à Valence, dans la Drôme. Elles ont survécu, il leur faut à présent réapprendre à vivre, différemment, immergées dans une autre culture, mais heureusement entourées d'autres expatriés arméniens. Pour surmonter les démons du passé, aller de l'avant et ne plus ressasser, Anouche a à coeur de s'intégrer au mieux dans ce pays d'accueil. L'école le lui permettra.

La préface annonce que cette collection jeunesse est consacrée à l'immigration en France. De fait, l'accent est davantage mis sur la situation d'exilé que sur le génocide arménien, lequel est abordé en quelques phrases à la fois évocatrices et sobres. Il est donc surtout question de départ, d'errance, de perte de repères, mais aussi de la difficulté à se sentir partagé entre deux cultures, nulle part vraiment à sa place, surtout pour les adultes déracinés. Malgré tout, le texte est optimiste : après le génocide de 1915, les expatriés de la communauté arménienne sont solidaires, et la France semble mériter à l'époque le qualificatif de "terre d'accueil", les immigrés parvenant à s'intégrer socialement. 

Cette excellente collection, "Français d'ailleurs" des Editions Autrement, compte à ce jour une douzaine d'ouvrages. Composés d'un épisode de la vie d'un enfant et d'une postface qui situe le contexte historique, ils sont documentés (contribution d'un historien), instructifs et accessibles aux jeunes lecteurs, et tout aussi intéressants pour les adultes. Cf. l'avis de Mr sur Antonio ou la résistance (victimes de la guerre espagnole exilées en France).

Si l'ouvrage est passionnant, la présentation en revanche m'a paru hideuse et dissuasive. Les illustrations m'ont semblé ne rien appporter, je les ai d'ailleurs rapidement occultées, d'autant que le trait me déplaisait (mais cela est affaire de goût). Les dessins encadrés avec flèches et légende sont superflus et à la limite du niais. Quant au texte, il est présenté sur un fond quadrillé comme un carnet, mais chevauchant parfois les lignes. Bref, je trouve dommage que le propos ne soit pas mis en valeur par un support engageant.

A partir de 10-12 ans.

Horloge  29 avril

Anouche ou la fin de l'errance : De l'Arménie à la vallée du Rhône - Valentine Goby & Philippe de Kemmeter, Autrement Jeunesse, "Français d'ailleurs, Peuple d'ici", octobre 2010, 80 p.

Challenge de Herisson, "Je lis des albums jeunesse de la médiathèque" - 19e 

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