zarbieJCOGallimard, Folio
trad. Diane Ménard
avril 2012, 304 p. - 6,60 €


Non, la jeune Frankie - quinze ans et hypersensible - ne veut pas admettre que ses parents ne s'entendent plus et qu'ils vont probablement se séparer. Sa mère s'absente de plus en plus de la maison, reconquérant un peu de liberté, au grand dam du père. En se mariant, elle a dû renoncer à ses passions pour devenir 'potiche', vivant dans l'ombre de son époux, journaliste sportif TV et ancienne star du foot. Le bonhomme, une célébrité locale, est admiré à l'extérieur. Mais chez lui c'est un despote intransigeant, colérique... et réac en prime.

Un roman grandiose et très noir ! Adolescence, douleur, déni, loi du plus fort, manipulation, violence, peur. Argent et célébrité, signes extérieurs de richesse (somptueuse maison) et de 'bonheur' : une jolie femme à exhiber, trois beaux enfants sportifs de haut niveau.

Un cas de divorce comme il en existe.
Côté enfants : refus de voir, déni, honte par rapport aux proches, sentiment de culpabilité, rejet du parent qui s'éloigne pour sauver sa peau. Douleur face à l'ambiance délétère, difficulté de se sentir partagé entre deux êtres qu'on aime, et qui s'infligent mutuellement des souffrances.
Côté adultes : souci de sauvegarder les apparences à l'extérieur (a fortiori lorsque l'on tient à sa 'respectabilité'), cruautés et mesquineries entre parents au mépris du bien-être et de la sécurité des enfants. 

Dans (tous ?) ses textes, Joyce Carol Oates met en scène des hommes odieux, de sombres salauds qui détruisent femmes et enfants, brutalement ou de manière plus pernicieuse. Il est également question d'adolescents en difficulté, qui vivent des drames, perdent leur repères. En cela, ses écrits me rappellent ceux plus récents de Laura Kasischke. La plume de JCO est parfaite, sans affectation, ce qui rend ses romans passionnants et difficiles à lâcher, malgré le malaise croissant induit par les situations.

Horloge 23-24 mai - emprunt mdtk - cette couverture Folio est très bien choisie, particulièrement éloquente (fermer les yeux, déni, se tenir à l'écart du drame - la main en avant - pour se protéger).

Déjà lu de cette auteur le recueil Les Femelles et, avant le blog : Sexy, Délicieuses pourritures, Viol - une histoire d'amour.