l_envieSFEditions Robert Laffont, 2011
J'ai Lu, 15 mai 2013, 156 p.

♥♥♥♥

Certaines personnes sont très pudiques sur leur sexualité, d'autres l'étalent à outrance. Rares sont ceux qui avouent s'en passer volontairement. Dans cet ouvrage (une auto-fiction ?) la narratrice Sophie ne s'en cache pas, explique son absence de libido, son manque d'envie de "corps à corps", son abstinence assumée et heureuse. Elle dit le regard étonné et inquiet de ses proches, leur manque de délicatesse. Eux vivent en couple ou en famille, ils n'ont pas toujours l'air de s'éclater dans leur situation pourtant, mais n'empêche : ça les tracasse, quelque chose cloche chez cette femme. Il y a une "norme" (abondamment rappelée via les magazines, la TV, les "guides"...), qu'elle ne respecte pas : faire... ou tout au moins faire semblant.

J'ai beaucoup aimé ce joli roman en forme d'aveu. De courts paragraphes, des anecdotes sûrement très personnelles, beaucoup d'introspection, mais riche de réflexions intéressantes. Cela change des autofictions, creuses, nombrilistes et exhibitionnistes.
M'ont seulement agacée de loin en loin les signes extérieurs d'aisance matérielle (mais tout est relatif), et le côté "Belle au bois sexe dormant". 

Horloge 19 juillet

EXTRAITS

 "C'est affreux de comparer la sexualité à la servitude d'une scolarité. J'ai conscience que ces notions de devoirs à rendre, d'enseignement fastidieux, d'ennui et de rapport au pouvoir vont donner une mauvaise image de celle que j'ai pu être, dans une culture où les êtres humains mourraient plutôt que d'avouer avoir eu, à un stade de leur histoire, une lassitude sexuelle."  (p. 14)

►  "S'il y avait une fête, ils venaient à tour de rôle s'asseoir auprès de moi, m'exposer ce qu'ils entendaient me voir vivre. Ce que je méritais. À bien y regarder, ils voulaient que je sois comme eux. Elvire, vissée dans un couple, oubliait qu'elle avait un mari dépressif. Guillaume, marié à une torturante, me jurait que, si on se tenait à carreau, si c'était amen à tout, on s'en sortait. Maria, qui n'en pouvait plus de ses enfants et voulait que j'en fasse. Assia, qui aimait les femmes mais sa mère en mourrait. Patrizio, avec la jalouse chronique, des bleus à l'épaule. Aucun ne supportait ma solitude parce qu'elle aurait pu être la leur."  (p. 48)

 (...) selon moi il y avait plus d'affectif dans une poupée gonflable [pour un homme] que dans un sex-toy [pour une femme]. La poupée figurait la personne. Le sex-toy figurait la fonction. (p. 97)