manolisEd. Cambourakis
mai 2013, 181 p.

Encore un conflit sanglant pour une histoire de territoires. A partir de 1919, les soldats turcs ont chassé les populations grecques installées en Anatolie et en Thrace orientale. 
Lors d'une visite en Turquie, j'avais entendu parler d'un "simple" échange de populations en 1920 (1 300 000 Grecs de Turquie contre 385 000 Turcs de Grèce). C'est bien ainsi que cette guerre a pris fin, mais la genèse de ces migrations est plus complexe et surtout beaucoup plus tragique que les déménagements pacifiques présentés. Ce conflit méconnu est en effet "l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire grecque du XXe siècle, connu sous le nom de Grande Catastrophe" (cf. présentation de l'éditeur).

L'auteur nous fait découvrir cette guerre à travers le regard de son grand-père grec, Manolis. Il avait sept ans en 1919. Lui et ses proches, grecs, turcs, musulmans, chrétiens, vivaient alors harmonieusement. 
Difficile de comprendre le chaos, a fortiori pour un enfant si jeune : des amis qui passent soudain dans le 'mauvais' camp, des proches massacrés, les familles éparpillées, la fuite comme seul moyen de survie.

Ce roman graphique est superbe à tous les égards : le graphisme est doux et expressif, le personnage central très attachant dans son désarroi, sa douleur et son errance, et le propos est à la fois explicite et sobre. 
Une page d'Histoire à connaître, une réflexion sur l'exil - qui est parfois un leurre. Et aussi l'occasion de revoir à quel point, d'une guerre à l'autre, les effets désastreux sont les mêmes pour les populations qui en sont victimes.

Horloge  31 juillet 2013

Un grand merci à Babelio (MC du 04/07/2013) et aux éditions Cambourakis pour cette superbe découverte.