mon_ami_dahmerMy friend Dahmer, 2012
traduit de l'anglais (US) par Fanny Soubiran
Editions Ça et Là
février 2013, 222 p.

♥♥♥♥

Même sans avoir lu la préface, on sent immédiatement qu’on file droit vers l’horreur. Il sera en effet question de l'adolescence d’un serial killer, de plus en plus marginale, de plus en plus sombre, de plus en plus inquiétante.

Si l’on considère qu’une BD réussie est un album qu’on ne peut pas s’empêcher de lire d’une traite, alors c’est le cas.

Mais :
- l’auteur se donne une place excessive dans l'histoire, déjà avec le titre « mon ami »… C’est en effet toujours spectaculaire et bêtement glorifiant d’avoir côtoyé une célébrité, fut-ce un criminel (la postface, où l'auteur détaille son travail d'écriture, a un peu nuancé cet avis)
- le graphisme est dérangeant d’emblée – ce qui colle avec le personnage, cela dit. La symétrie du dessin frappe et perturbe, non pas d’un point de vue esthétique, mais par le malaise qu’elle induit (une froideur, une distance du personnage, l'obscurité du cadre forestier)
- toujours côté graphisme : un trait carré qui me fait penser à Gottlieb, notamment à son Gai Luron qui m’effrayait enfant (publié à tort dans la série jeunesse des Pif)
- effet de manches lourds et malvenus dans ce contexte de la part de l’auteur, façon ‘Et c’est là que tout a basculé’ à plusieurs reprises, et caractères gras pléthoriques dans le texte pour appuyer des mots, des phrases
- quelques clichés du style : "Le lycée des années soixante-dix n'avait rien à voir avec l'institution d'aujourd'hui, qui pratique haute sécurité et tolérance zéro. Il n'y avait pas de caméras de surveillance, pas de fouilles. Les élèves fumaient de l'herbe dans les toilettes et descendaient des bières dans les vans sur les parkings" (p. 84). Je ne suis pas si optimiste : on repérerait aujourd'hui l'alcoolisme et la toxicomanie, on y remédierait (faux en France, en tout cas), mais on ne verrait pas venir les massacres en série perpétrés par des élèves dans les établissements scolaires !? curieux !

Ce que j’ai apprécié en revanche : c’est très glauque, sans ambiguité, mais l’auteur ne tombe pas dans le sensationnalisme. Le plus sordide ne sera que suggéré. 
Autre habileté de l'auteur : comme dans le roman-doc 'Avenue des géants' (Dugain), dont l’histoire est très proche, le tueur a beau être répugnant et effrayant, on s'y attache. Sa souffrance et ses tentatives pour ne pas obéir à ses pulsions sont bouleversantes.

[ Lu au coeur de la nuit, et ça, ce n'était vraiment pas une bonne idée ] 

Merci Jérôme, pour cette découverte. Comme toi, je m'interroge sur les intentions de l'auteur, sa sincérité, et bien sûr, sur cette prétendue "amitié".