oublier son passé

En Sannolik Historia, 2010

traduit du suédois par Magdalena Jarvin
JC Lattès, mai 2012

♥♥♥♥♥ 

Ce titre peut paraître neuneu, et la photo en couverture n'arrange pas les choses. Il signifie en fait "repartir sur de bonnes bases, avancer". Cesser de se complaire dans la nostalgie, de s'enliser dans les situations délétères, de se figer dans la tradition. Cela est possible précisément en tirant des leçons du passé (et non en l'oubliant), pour ne pas reproduire les erreurs de ceux qui nous ont précédés, mais aussi les siennes. Ces personnages 'enterrés' dans le Norrland sont justement à une étape charnière de leur existence : l'une ne digère pas son récent divorce, l'un ne supporte plus sa vie d'homme d'affaires, d'autres sont en conflit avec leurs proches. Il leur appartient de rebondir.

Ayant lu et savouré les thrillers psychologiques de cette auteur, je m'attendais à ce type d'ouvrage ici. Après avoir apprécié le calme ambiant, sans sang, sans violence, j'ai fini par me rendre à l'évidence (à regret... cherchez la logique, y en a pas) : rien de noir dans ce roman. Mais des portraits psychologiques intéressants, et des réflexions pertinentes sur les préjugés, les carcans, le poids de la tradition, l'importance de se remettre en question et de rester ouvert. A relier avec ces idées : un exposé aussi passionnant que simple sur la physique quantique (pages 204 à 214).

Presque un coup de coeur, si l'auteur s'était dispensée de quelques invraisemblances et caricatures, et d'un rebondissement facile et éculé sur la famille d'un des protagonistes...

EXTRAIT :

[échange mère-fils trentenaire, suite à coming-out]
- Ça fait combien de temps que tu fais des trucs comme ça ?
[...]
- Ça fait combien de temps que je 'fais le pédé', tu veux dire, pour reprendre ton expression ? J'avais onze ou douze ans quand j'ai réalisé que j'étais homo, ou malade mental, comme je croyais à l'époque. Parce que ça me faisait un bien fou, tu penses, d'écouter tes blagues de mauvais goût à longueur de journée. Tu te souviens par exemple du vieux qu'ils avaient retrouvé battu à mort, sur le parking du stade de foot, celui dont tout le monde savait qu'il était pédé ? Tout le monde savait aussi que des motards l'avaient tué, mais la police ne s'était même pas donné la peine de faire une enquête. On nous disait qu'il avait eu un accident de vélo parce qu'il roulait bourré. Et tu te souviens de ce que tu avais dit ? Hein, tu te rappelles ? Tu as dit que c'était bien fait pour lui, parce qu'il n'avait qu'à pas être pédé.
(p. 325-326)

Horloge 16 au 20/11 - emprunt mdtk - couv et titres rebutants, l'édition originale est plus jolie

en salonnik