kinderzimmer

Actes Sud, août 2013, 224 p.

♥♥♥♥

VG

Le camp nazi de Ravensbrück comptait 40 000 détenues en 1944, dont Mila, déportée politique.
Le récit est centré sur le ventre des femmes : le peu qui entre dans l'estomac, la faim extrême, les fluides qui sortent de manière incontrôlable - les vomissements, les diarrhées, mais aussi l'urine parce que les passages aux toilettes sont limités, le pus des plaies - la pudeur et la dignité ainsi niées par les tortionnaires. La fécondité tarie avec les règles qui se sont arrêtées, la grossesse vécue comme une menace - que va devenir le bébé ? survivra-t-il in utero ? et s'il naît, dans quel état sera-t-il ? quel sort lui est réservé ?

L'auteur évoque peu les contacts et la violence "directs" des nazis à l'encontre de ces femmes, elle décrit en revanche les souffrances induites par la façon dont les prisonnières sont traitées.

Il est délicat d'émettre des réserves sur ce genre d'ouvrage. Ce roman documenté est certes terrifiant, bouleversant, effrayant, et ces mots sont faibles. Il n'empêche que la façon dont un(e) auteur aborde ces sujets peut rebuter.
On peut sentir son propre ventre se tordre, la nausée gagner dès le début tant les douleurs sont bien décrites, mais je n'ai commencé à éprouver un véritable intérêt pour ce récit qu'au tiers de l'ouvrage, avec une rencontre entre deux femmes - rencontre et liens qui réinsufflent l'énergie de vivre à l'une d'elle qui se laissait mourir.

La fin est étrange, ce changement de vie si soudain - mais de même que tout s'est arrêté du jour au lendemain pour ces femmes, le retour dans le monde a dû sembler également bien brutal.

Une fois le livre refermé, des questions restent sans réponse, notamment sur le rôle de ces Kinderzimmer, et sur l'attitude ambivalente des gardiennes et des soignantes.
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Livre coup de coeur pour vous, Gambadou et Sandrine. J'aime beaucoup vos billets sur cet ouvrage.
Je n'ai pas encore lu tous les avis sur la blogo...

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