le cas eduard

Flammarion, août 2013, 304 p.

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Officiellement, Albert Einstein a eu deux enfants, nés de son premier mariage avec Mileva Marić. L'aîné devint professeur en génie hydraulique. Eduard, le cadet, était tout aussi brillant, mais atteint de schizophrénie. Il fut interné en hôpital psychiatrique à l'âge de vingt ans, au début des années 1930.

Avec finesse, sensibilité et sans manichéisme, Laurent Seksik dresse les portraits de trois souffrances. Celle du père, l'illustre Albert Einstein, dont le "chagrin [était] doublé d'un sentiment d'impuissance" (p. 164). Celle d'une mère formidable, aimante, attentionnée, durement éprouvée par le calvaire de son fils mais toujours présente à ses côtés. Et celle d'Eduard, jeune adulte vif, intelligent, torturé et broyé par ses hallucinations, sa propre violence, sa paranoïa et sa haine cristallisées autour du père maudit.

Il semble difficile, a priori, de ne pas s'indigner du comportement d'Albert Einstein, ce grand humaniste qui a abandonné - voire renié, dans certaines situations - son fils malade. Mais Seksik amène subtilement le lecteur à réfléchir et à nuancer ce jugement hâtif. Pas d'excuses mais des explications : les difficultés d'Einstein, persécuté par les nazis, exilé aux Etats-Unis, de moins en moins toléré par le gouvernement américain car suspecté de collaboration avec l'Union soviétique. Très perturbé également par les ravages de la science au service de la guerre, en ce milieu de XXe siècle.

Ce roman documenté est passionnant, et malgré ces sujets graves, très agréable à lire. Ceci notamment grâce à l'écriture simple et prenante de Laurent Seksik, l'alternance des regards à chaque chapitre - celui du fils, de la mère et du père sur 'le cas Eduard'.
J'ai été particulièrement touchée par les paroles d'Eduard, très pertinentes, tantôt lucides, tantôt délirantes, parfois drôles, souvent poignantes, toujours empreintes d'une grande souffrance.

- Après la lecture de cet ouvrage et de l'adaptation BD de son roman Les derniers jours de Stefan Zweig, je suis curieuse de découvrir les autres textes de Laurent Seksik.

Horloge  25 & 26 janvier - emprunt mdtk