le singe

Delcourt, Mirages
septembre 2012, 96 p.

♥♥♥♥♥

1814, naufrage d'un navire français de la flotte napoléonienne. Deux rescapés, dont un singe, échouent sur les côtes de Hartlepool, village britannique où personne n'a jamais vu de Français. Les habitants savent seulement et viscéralement que ces gens-là sont des ennemis. A tel point que ce brave chimpanzé, pris pour un soldat et/ou un espion frenchy à cause de l'uniforme, doit être exécuté.

Inspiré d'une légende, l'album dénonce le patriotisme, le nationalisme et la xénophobie exacerbés par les guerres. Ici, en l'occurrence : la haine aveugle (et réciproque, soit dit en passant) à cette époque des Anglais envers les Français, ces ennemis de longue date, dont le portrait est vite dressé - créature du diable donc être puant, velu, doté de pieds fourchus, etc.

L'idée d'illustrer ces thèmes à travers le destin d'un malheureux singe est judicieuse. Cela souligne l'absurdité des amalgames et des caricatures qui fédèrent la peur/haine de l'autre, de l'inconnu, pour motiver les troupes. "C'est important, les frontières. Sinon, on ne sait plus qui haïr..." (frontières géographiques ou différences physiques, réelles ou construites).

Album intéressant pour toutes ces idées. Mais plutôt rebutant si l'on n'est pas friand des ambiances et décors façon 'Pirates des Caraïbes'.

D'autres avis : SandrineJérôme, Mo/Alouett, Petite.Fleur, Theoma, Sylire, Krol ...

Horloge 3 février - emprunt mdtk

EXTRAITS :

• C’est pour ça que je suis devenu militaire. Dans l’armée, au moins, les choses sont simples. D’un côté il y a nous, la France, et de l’autre, il y a l’ennemi. J’aime cette vision franche des choses. (p. 5)

• Déjà que l'étranger fait peur quand on sait d'où il vient, m'est avis que l'apatride a du souci à se faire. Et pour longtemps... (p. 92)

• - Je peux dire quelque chose ?
- Dis toujours...
- Ok, c'était peut-être un singe, MAIS C'ETAIT UN SINGE FRANCAIS !
- Yeaaah !!! t'as raison, Walter !
- C'est ma tournée !

(p. 93)