la 1e fois

Losing it, 2010
auteurs : Melvin Burgess, Anne Fine, Keith Gray, Mary Hooper, Sophie McKenzie, Patrick Ness, Bali Rai, Jenny Valentine
traduit de l'anglais par L. Delvaux & E. Casse-Castric
Gallimard Jeunesse, Scripto
juin 2011, 256 p.

♥♥♥♥♥

Huit auteurs, huit nouvelles, huit manières de raconter une 'première fois'.

J'avais acheté ce recueil pour mes enfants, qui n'ont pas voulu le lire (ou l'ont feuilleté en cachette ?) : "J'en veux pas de ton truc, m'intéresse pas."
J'hésitais à m'y attaquer, par gêne, redoutant de me sentir mal à l'aise et intrusive face à cette intimité juvénile qui ne me concerne plus directement. Mais rien à craindre, tout est sobre, suggéré, et il est plus souvent question de ce qui précède ce "grand saut". Sont ainsi très bien exprimés l'attente, la préparation, les bons ou mauvais conseils des copains, les tergiversations, le décalage entre perceptions masculines et féminines. De même que les "mobiles" du passage à l'acte : pression des camarades, défi, challenge, curiosité - plus fréquents qu'une étape importante dans l'évolution de sentiments amoureux... Ce qui peut donner lieu à des expériences désagréables, voire désastreuses.

J'ai apprécié que les auteurs prônent le respect mutuel, soulignent l'importance de se connaître, de s'attendre, de veiller à ce que chacun des partenaires soit consentant et ose manifester son refus à tout moment.

Écrites par des auteurs différents, les nouvelles sont forcément inégales. Mais cette diversité contribue à la richesse de l'ouvrage.
J'ai particulièrement aimé trois récits évoquant d'autres époques, d'autres cultures.
Mention spéciale à "Ça se passe autrement pour les garçons" : histoire subtile et émouvante d'un jeune garçon homosexuel.

A laisser traîner incidemment. Les adolescents ont beaucoup à y apprendre. Pas sur la technique - pas grave puisque la mécanique est souvent ce qu'ils connaissent 'le mieux', via les cours de bio du collège (aussi descriptifs que rigolos) ou des images crues sur le net. 

Horloge 8 & 9 mars

EXTRAITS

• [un père à son fils de 15 ans]
" La baise, c'est différent pour les filles. Sérieux, mon vieux, j'ai été partout, j'ai tout essayé, et honnêtement, je peux te jurer que même si une nana semble cool et dure à cuire, pour elle, faire l'amour est toujours une expérience émotionnelle, en plus de... euh... du reste. Alors, quand le moment sera venu, quand toi ET ELLE, vous serez prêts, souviens-toi qu'elle aura besoin de davantage de temps avant, pour... pour comprendre ce qui lui arrive. "
Bon, cette fois j'étais largué. Est-ce qu'il parlait des préliminaires ? Parce que là, j'en connaissais un rayon. Depuis mes treize ans, je consacrais ma vie aux préliminaires.
(p. 176-177)

•   Le garçon :
On a discuté, dansé, on s'est bourré la gueule. [...] Elle m'a raconté sa vie : [...] son père qui était mort quand elle avait six ans (ce qui était horrible, bien sûr, mais, d'un autre côté, une bonne excuse pour la serrer dans mes bras et sentir ses nichons contre mon T-shirt !).
La fille :
Il est super gentil, aussi. [...] Sensible, quoi. Tu vois, quand je lui ai dit pour mon père, il m'a serrée très fort dans ses bras et il était vraiment compatissant.

• En CM2, on nous avait montré un schéma de l'intérieur de notre corps. Les parties génitales des filles, ça ressemblait à une tête de mouton. Les garçons, au grand Gonzo du Muppet Show. (p. 41)