croque monsieur

Emue, mars 2014, 104 p.

Trois ans après la parution de son premier ouvrage Le doigt de l'historienne, Ray Parnac est de retour, éblouissante.

Les quatorze nouvelles de ce recueil sont courtes et fortes, à la fois denses et limpides, grâce à une plume précise et acérée qui sollicite les cinq sens du lecteur.
L’auteur sait captiver dès les premiers mots. Chaque récit démarre sur les chapeaux de roue, on est immédiatement imprégné d’une ambiance, plongé dans un décor, tout en se demandant, perplexe, où nous mène la conteuse. Sa façon de brouiller les pistes et de cultiver l’ambiguïté pique la curiosité. On dévore, mais pas trop goulûment quand même, la plume se savoure. On essaie d’anticiper, on se laisse surprendre avec plaisir. Les rebondissements et dénouements peuvent rester légèrement opaques, se révéler différents de ce qu’on espérait, plus sombres, moins spectaculaires. Tant pis. Et tant mieux : la déception, la frustration donnent envie de relire intégralement le récit.

Comme dans son premier recueil, Ray Parnac décrit des relations de pouvoir entre individus dans le milieu professionnel, familial, en amitié, en amour. Sadisme, harcèlement, manipulation ou toxicité involontaire, maladresse. Victime qui s’aplatit et se laisse piétiner, ou qui parvient à reprendre le dessus - la souris devient chat.
Malgré ces thèmes récurrents, les nouvelles sont variées. Certaines situations semblent familières tant elles sonnent juste : un entretien de recrutement humiliant, la compagnie d’un enfant débordant d’énergie, des cancans entre collègues aigris... Les personnages sont souvent en difficulté, en souffrance, sur le fil. Mais certains d'entre eux retombent du bon côté, grâce à leur énergie ou au gré des événements, des rencontres.

Le ton est tour à tour sombre, cynique, émouvant, lumineux, souvent empreint de douceur. J'ai retrouvé avec plaisir le talent de conteuse de l'auteur, ses tournures sobres, jolies et percutantes, son humour. De même que la pertinence de ses propos, sa finesse, son originalité et la richesse de ses idées.

J'aime et j’admire tout cela.

Horloge 21 & 22 mars

Merci à Fabienne, Sophie, et aux éditions Emue.

     - EXTRAITS -

• Elle rentra en se disant que, franchement, toute cette petitesse ne valait pas les £71 par semaine qu'on allait peut-être lui donner. Elle retrouverait un emploi rapidement, c'était certain. Elle se regonflait, s'empêchait de sangloter mais il fallait se rendre à l'évidence, elle était passée de l'autre côté. (p. 39)

" - Dis, Mémé, pourquoi on va jamais chez les gens ?
- Parce qu'on n'a pas envie qu'ils viennent chez nous.
- Et pourquoi faut pas qu'ils viennent chez nous, les gens ? "
Serge était quelquefois un tout petit peu usant.   (p. 43)

•  Ses colères donnaient du relief à leur vie de couple, elle ne duraient jamais que quelques minutes. Il avait appris à ne pas donner à ses paroles trop d'importance.  (p. 76)

• Peut-être que finalement, parce qu'elle n'avait pas pris corps, cette histoire d'amour-là avait été sa plus belle (...)   (p. 98)